🔬 Les maladies du potager
Des taches brunes sur les tomates après une semaine de pluie, un feutrage blanc sur les courgettes en août, des semis qui s'effondrent au ras du terreau : chaque maladie a ses signes, sa saison et ses conditions. Les connaître permet d'agir avant qu'elle ne s'installe, car au jardin presque rien ne se soigne une fois le mal fait. La RHS déconseille d'ailleurs les fongicides aux jardiniers, et la loi française interdit depuis 2019 les produits de synthèse au jardin. Voici comment reconnaître les maladies courantes, ce qui les favorise, comment les prévenir et ce qu'il reste comme traitements.

Vous ne savez pas encore ce que vous cherchez ? Partez du symptôme avec le diagnostic du potager, qui couvre aussi les carences et les ravageurs.
✅ L'essentiel
- Quatre familles d'agents : champignons, oomycètes comme le mildiou, bactéries et virus. Contre les deux derniers, aucun traitement n'existe.
- Le mildiou arrive par le vent : deux jours de suite à 10 °C minimum avec au moins six heures d'air saturé à 90 % suffisent à lancer une contamination.
- L'oïdium fait exception : il profite des racines au sec et n'aime pas l'eau sur les feuilles, au contraire de la plupart des maladies.
- La prévention fait l'essentiel : variétés résistantes, plants aérés, débris malades sortis du jardin, repousses de pommes de terre arrachées.
- Plus aucun produit de synthèse au jardin depuis 2019 : restent la prêle, l'ortie, le bicarbonate de soude, et le cuivre avec parcimonie.
Les quatre familles d'agents pathogènes
Savoir à quelle famille appartient une maladie dit d'emblée ce que l'on peut espérer. Les champignons et les oomycètes se préviennent, et quelques préparations naturelles freinent leur progression. Les bactéries et les virus, eux, ne se traitent pas : on ne peut que limiter leur arrivée et sortir les plants atteints.
| Famille | Exemples au potager | Comment elle se propage | Traitement possible |
|---|---|---|---|
| Champignons | Oïdium, rouille, pourriture grise | Spores portées par l'air, débris malades | Préventif surtout |
| Oomycètes | Mildiou de la tomate et de la pomme de terre, une partie de la fonte des semis | Spores portées par le vent et l'eau, tubercules infectés | Préventif surtout |
| Bactéries | Taches huileuses, pourritures molles | Blessures, éclaboussures, outils | Aucun |
| Virus | Mosaïque du concombre | Pucerons, mains, outils, parfois semences | Aucun |
RHS, fiches « Potato and tomato blight », « Damping off », « Cucumber mosaic virus ».
Le mildiou mérite qu'on s'arrête sur sa famille. La RHS le décrit comme un organisme « proche des champignons », un oomycète, Phytophthora infestans. La nuance compte en pratique : ses spores ont besoin d'humidité pour germer et voyagent très loin avec le vent, ce qui explique qu'il frappe tout un quartier en même temps.
Reconnaître les maladies courantes
Le tableau réunit les maladies que l'on croise le plus au potager, avec leurs symptômes et les conditions qui les favorisent selon la RHS. La dernière colonne est souvent la plus utile : elle dit quand surveiller.
| Maladie | Symptômes | Cultures touchées | Conditions favorables |
|---|---|---|---|
| Mildiou | Feuilles qui pourrissent et brunissent vite, duvet blanc au revers par temps humide, taches brunes sur les fruits verts | Tomate, pomme de terre | Temps chaud et humide, à partir de juin |
| Oïdium | Feutrage blanc poudreux sur les feuilles | Courgette, concombre, courges, pois | Racines au sec, air humide, plants serrés à l'abri d'un mur |
| Fonte des semis | Graines qui ne lèvent pas, plantules qui s'effondrent, parfois sous un duvet blanc | Tous les semis | Semis trop serré, air confiné, lumière et chaleur faibles |
| Pourriture grise | Moisissure gris brun duveteuse, fruits mous et bruns | Fraise, tomate, laitue | Humidité, plants entassés, culture sous abri, blessures |
| Rouille du poireau | Pustules orange vif sur les deux faces des feuilles | Poireau, ail, oignon, ciboulette | Excès d'azote avec peu de potasse, plants serrés, de l'été à l'automne |
| Mosaïque du concombre | Marbrures jaunes et vertes, feuilles enroulées, plants nains, fruits déformés | Courgette, concombre, épinard, laitue, céleri | Présence de pucerons et de mauvaises herbes hôtes |
RHS, fiches « Potato and tomato blight », « Powdery mildews », « Damping off », « Grey mould », « Leek rust », « Cucumber mosaic virus ».
Une feuille jaune n'est pas forcément malade. Un manque d'azote, de magnésium ou de fer jaunit le feuillage de façon régulière, souvent selon l'âge des feuilles, sans duvet, sans pustules et sans taches qui s'étendent. Le guide des feuilles jaunes et carences aide à faire la différence.
Le mildiou arrive par le vent
Le mildiou de la tomate et de la pomme de terre peut détruire une planche en quelques jours. Sa particularité est d'arriver de l'extérieur : selon la RHS, la plupart des contaminations au jardin viennent de spores portées par le vent depuis d'autres jardins, parfois sur de longues distances. Il passe l'hiver dans les tubercules de pommes de terre oubliés en terre, qui repoussent au printemps et relancent le cycle.
Critères de Hutton : AHDB, « Late blight disease and its management in potatoes ». Seuil de coupe des fanes : RHS, « Potato and tomato blight » et « Tomato blight ».
Ces deux premiers chiffres forment les critères de Hutton, le système d'alerte britannique mis au point par l'institut James Hutton avec l'AHDB. Quand ils sont réunis, le risque d'infection est élevé, et les symptômes peuvent apparaître en quelques jours. Au Royaume-Uni, la RHS note des attaques dès juin. Pour le jardinier, la leçon est simple : après une période douce et humide en été, inspectez les tomates et les pommes de terre tous les jours.
Que faire face à lui ? Sur les pommes de terre, la RHS conseille de couper les fanes au ras du sol dès qu'environ un quart des feuilles est touché ou que des taches gagnent les tiges, puis d'attendre environ deux semaines, le temps que la peau des tubercules durcisse, avant de les arracher. Elle cite plusieurs variétés jugées résistantes, dont 'Sarpo Mira' et 'Sarpo Axona', et pour la tomate 'Crimson Crush' et 'Mountain Magic', qui se sont bien comportées à Wisley en 2021, une année de très forte pression. Arrachez chaque printemps les repousses de pommes de terre, et ne compostez pas les plants atteints : leurs oospores survivent dans la plupart des composts familiaux, que seul le compostage industriel chauffe assez pour les tuer. La RHS conseille de les confier à la collecte des déchets verts. Le guide du mildiou détaille la conduite des tomates.
L'oïdium aime les racines au sec
On répète partout qu'il faut arroser au pied et jamais sur les feuilles pour éviter les maladies. C'est vrai pour le mildiou, la pourriture grise ou la rouille, dont les spores ont besoin d'eau. L'oïdium fait exception. La RHS explique que ses spores, très riches en eau, infectent dans des conditions plus sèches que les autres champignons, et que le champignon « n'aime pas le contact direct avec l'eau ».
Les gestes qui le freinent
- Arroser régulièrement par temps sec, pour que les racines ne manquent jamais d'eau
- Pailler pour garder la terre fraîche
- Planter au soleil, avec de l'espace entre les pieds
- Retirer et détruire les feuilles tombées à l'automne
Les conditions qui l'aident
- Des coups de sécheresse répétés au niveau des racines
- Un air humide et confiné
- Des plants serrés contre un mur ou une clôture
- Une variété sensible sur une parcelle déjà touchée
RHS, « Powdery mildews ».
La RHS va jusqu'à conseiller, par temps sec, un arrosage sur le feuillage en milieu de matinée, pour que les feuilles sèchent avant le soir. Pour les courgettes et les concombres, choisir une variété tolérante complète ces gestes, et le guide de l'oïdium en donne le détail.
Les autres maladies fréquentes
Ces quatre problèmes se croisent souvent au potager, à des saisons différentes. Chacun appelle sa réponse.
- Fonte des semis
Plusieurs organismes du sol, dont Pythium, Rhizoctonia et Fusarium, s'attaquent aux plantules. La RHS conseille de semer clair, dans un terreau du commerce, en godets propres lavés et désinfectés, d'aérer, d'éviter l'excès d'arrosage, et d'arroser les semis à l'eau du réseau plutôt qu'à l'eau d'une cuve ouverte. Voir le guide de la fonte des semis.
- Pourriture grise
Le champignon Botrytis cinerea vit sur les tissus morts et s'introduit dans les plants par une blessure, ou directement dans les fleurs et les fruits par temps humide. Il forme de petits grains noirs, les sclérotes, qui lui permettent de survivre d'une saison à l'autre. On retire vite les parties atteintes, on aère la serre et on espace les plants.
- Rouille du poireau
Ses pustules orange libèrent des spores poudreuses portées par l'air. Une forte attaque fait sécher les feuilles avant l'heure. La RHS conseille d'équilibrer la fumure, sans excès d'azote, d'espacer davantage les plants, de ramasser les débris et de choisir des variétés résistantes quand il en existe.
- Mosaïque du concombre
Ce virus touche une gamme immense de légumes, de fleurs et de mauvaises herbes. Les pucerons le transmettent, mais aussi les mains et les outils, et la semence chez une vingtaine d'espèces. Aucun produit ne le soigne : on arrache les plants atteints, on désherbe le séneçon et le mouron, on choisit des variétés résistantes.
RHS, fiches « Damping off », « Grey mould », « Leek rust », « Cucumber mosaic virus ».
Prévenir avant que la maladie arrive
Toutes les fiches de la RHS se terminent de la même façon : des mesures de culture d'abord, des produits rarement ou jamais. Les gestes du tableau valent pour presque toutes les maladies du potager.
| Geste | Contre quoi | Pourquoi ça marche |
|---|---|---|
| Choisir des variétés résistantes | Mildiou, oïdium, mosaïque, rouille | Le plus efficace : la plante se défend seule |
| Espacer et aérer les plants | Pourriture grise, rouille, oïdium, mildiou | Le feuillage sèche vite, l'air ne stagne pas |
| Sortir les débris malades du jardin | Mildiou, pourriture grise, oïdium | Spores et sclérotes passent l'hiver dans les déchets |
| Arracher les repousses de pommes de terre | Mildiou | Elles portent le mildiou de l'année précédente |
| Désherber autour des cultures | Mosaïque et autres virus | Certaines herbes hébergent le virus et les pucerons |
| Faire tourner les cultures | Maladies du sol de courte durée | Utile mais limité : inutile contre ce qui vient par l'air |
Synthèse JardinZone des mesures de culture recommandées par la RHS dans les fiches citées.
La rotation mérite une précision. Elle prive d'hôte les parasites qui ne survivent que quelques années dans la terre, mais elle ne peut rien contre le mildiou porté par le vent, ni contre la hernie du chou ou la pourriture blanche de l'oignon, qui survivent quinze à vingt ans. Le guide de la rotation des cultures détaille ces limites. Côté engrais, la RHS relie la rouille du poireau à un sol riche en azote et pauvre en potasse : une fumure équilibrée, détaillée dans le guide des engrais, fait partie de la prévention.
Pour les tomates en région humide, la serre ou l'abri protège du mildiou : selon la RHS, les spores portées par le vent atteignent moins les plants cultivés sous couvert, même si elles peuvent entrer par les portes et les aérations. Avec une variété résistante et une inspection quotidienne après les périodes douces et humides, c'est la protection la plus sûre à la portée d'un jardinier.
Les traitements permis au jardin
Depuis le 1er janvier 2019, la loi dite Labbé interdit aux particuliers d'acheter, d'utiliser et de stocker des produits phytopharmaceutiques de synthèse. Restent permis au jardin les produits de biocontrôle, les produits à faible risque, ceux utilisables en agriculture biologique et les substances de base. Ces dernières sont des produits courants, souvent alimentaires, reconnus au niveau européen comme utiles à la protection des plantes.
| Produit | Statut | Usages reconnus | À savoir |
|---|---|---|---|
| Bicarbonate de soude | Substance de base, règlement UE 2015/2069 | Oïdium des légumes et des petits fruits, tavelure du pommier | Qualité alimentaire exigée |
| Décoction de prêle | Substance de base, règlement UE 2014/462 | Fonte des semis du concombre, mildiou et alternariose de la pomme de terre, botrytis des petits fruits | Préventif, à utiliser dans les 24 heures |
| Macération d'ortie | Substance de base depuis 2017 | Maladies fongiques en préventif, pucerons, acariens | Stimule les défenses, ne guérit pas |
| Bouillie bordelaise | Cuivre, candidat à la substitution | Mildiou en préventif | S'accumule dans le sol |
Loi Labbé : DRAAF Centre-Val de Loire, mise à jour du 19 octobre 2023. Substances de base : fiches ITAB. Cuivre : règlement d'exécution (UE) 2018/1981 et ministère de l'Agriculture.
La décoction de prêle se prépare, selon la fiche ITAB, avec 200 g de prêle séchée dans 10 litres d'eau : trente minutes de trempage, quarante-cinq minutes d'ébullition, puis on filtre et on dilue dix fois avant de pulvériser. Ces préparations agissent en prévention ou dès les premiers symptômes ; aucune ne rattrape un plant déjà envahi.
Le cuivre de la bouillie bordelaise reste le recours habituel contre le mildiou au jardin, mais il n'est pas anodin. L'Union européenne l'a classé candidat à la substitution et a plafonné les apports agricoles à 28 kg de cuivre par hectare sur sept ans. L'évaluation de l'EFSA, citée par le ministère de l'Agriculture, a relevé des risques pour les oiseaux, les mammifères, les organismes aquatiques et les vers de terre. Au jardin, on le garde pour les années humides, sur les tomates, et à la dose de l'étiquette.
Attention : ne traitez jamais « au cas où » par temps sec et ensoleillé. Une pulvérisation inutile use le produit, et le cuivre s'ajoute à celui déjà présent dans le sol. Contre les bactéries et les virus, aucun produit n'agit : seul l'arrachage protège les plants voisins.
Les maladies à surveiller selon votre climat
| Zone | Maladie à guetter | Le réflexe |
|---|---|---|
| Nord et Nord-Est | Mildiou | Étés frais et humides : variétés résistantes et tomates sous abri. |
| Atlantique | Mildiou, pourriture grise | Douceur et humidité réunissent souvent les conditions de Hutton : inspection quotidienne en été. |
| Centre | Mildiou, oïdium | Mildiou les étés pluvieux, oïdium les étés secs : arrosage régulier des courgettes. |
| Sud-Ouest | Mildiou, oïdium | Orages chauds propices au mildiou : feuillage des tomates au sec et plants espacés. |
| Méditerranée | Oïdium | Sécheresse au pied et air chaud : paillage épais et arrosage régulier des cucurbitacées. |
| Montagne | Mildiou, fonte des semis | Printemps froids : semis clairs à l'abri, tomates sous protection. |
Tableau indicatif JardinZone, établi à partir des conditions favorables décrites par la RHS et l'AHDB. Le temps de l'année compte autant que la zone.
Notre position
Au potager, une maladie se gagne ou se perd avant les premiers symptômes. Des variétés résistantes, des plants espacés, des débris malades sortis du jardin et des repousses de pommes de terre arrachées évitent la plupart des problèmes, sans aucun produit. Adaptez l'arrosage à la maladie : au pied contre le mildiou et la pourriture grise, régulier et généreux contre l'oïdium.
Gardez les traitements pour les cas où ils servent : bicarbonate dès les premières taches d'oïdium, cuivre avec parcimonie les étés humides sur les tomates. Et acceptez de perdre quelques plants : arracher tôt un pied atteint de mildiou ou de virus protège le reste de la planche.
Questions fréquentes
Comment distinguer une maladie d'une carence ?
Une carence jaunit le feuillage de façon régulière, souvent selon l'âge des feuilles, sans duvet ni pustules. Une maladie laisse des marques localisées, taches brunes, feutrage blanc, pustules orange, qui s'étendent de jour en jour et passent d'un plant à l'autre.
Peut-on composter des plants malades ?
Pas les plants touchés par le mildiou : selon la RHS, ses spores de conservation survivent dans la plupart des composts familiaux. Confiez-les à la collecte des déchets verts, dont le compostage industriel chauffe assez pour les tuer. Même prudence pour la pourriture grise, dont les sclérotes survivent dans les débris, et pour les plants atteints de virus.
Quand le mildiou attaque-t-il ?
Quand le temps est doux et humide. Le système d'alerte britannique retient deux jours de suite avec une température minimale de 10 °C et au moins six heures d'humidité de l'air à 90 %. Les symptômes peuvent alors apparaître en quelques jours, dès juin certaines années.
Le bicarbonate de soude marche-t-il contre l'oïdium ?
Il fait partie des substances de base autorisées contre l'oïdium des légumes et des petits fruits par le règlement européen 2015/2069, à condition d'être de qualité alimentaire. Il agit en prévention ou dès les premières taches, pas sur un feuillage déjà blanc.
Quels traitements un particulier peut-il utiliser ?
Depuis 2019, plus aucun produit de synthèse. Restent les produits de biocontrôle, à faible risque ou utilisables en agriculture biologique, et les substances de base comme la prêle, l'ortie ou le bicarbonate de soude. La bouillie bordelaise reste permise, mais son cuivre s'accumule dans le sol.
- Royal Horticultural Society, Potato and tomato blight : rhs.org.uk/disease/potato-and-tomato-blight
- Royal Horticultural Society, Tomato blight : rhs.org.uk/disease/tomato-blight
- Royal Horticultural Society, Powdery mildews : rhs.org.uk/disease/powdery-mildews
- Royal Horticultural Society, Damping off : rhs.org.uk/disease/damping-off
- Royal Horticultural Society, Grey mould : rhs.org.uk/disease/grey-mould
- Royal Horticultural Society, Leek rust : rhs.org.uk/disease/leek-rust
- Royal Horticultural Society, Cucumber mosaic virus : rhs.org.uk/disease/cucumber-mosaic-virus
- AHDB, Late blight disease and its management in potatoes : potatoes.ahdb.org.uk/knowledge-library
- DRAAF Centre-Val de Loire, 1er janvier 2019 : du nouveau pour les particuliers, mis à jour le 19 octobre 2023
- ITAB, fiches substances de base : hydrogénocarbonate de sodium, prêle, ortie : itab.bio/substances
- Règlement d'exécution (UE) 2018/1981 de la Commission du 13 décembre 2018, composés du cuivre
- Ministère de l'Agriculture, Questions et réponses : l'utilisation du cuivre en agriculture : agriculture.gouv.fr