🌿 Les associations de plantes au potager
Les tableaux d'associations circulent de livre en livre : la tomate aime le basilic, la carotte aime l'oignon, le haricot déteste l'ail. Certaines de ces règles ont été testées par la recherche agronomique, et les résultats sont souvent plus nuancés que la tradition. Une association peut marcher, mais seulement à une certaine densité, à un certain stade, ou pour une autre raison que celle qu'on lui prête. Ce guide reprend les associations les plus citées, ce qu'en disent les essais, et comment les planter pour qu'elles servent à quelque chose.
✅ L'essentiel
- Cultiver deux espèces ensemble rapporte en moyenne 22 % de plus que les cultiver séparément sur la même surface, selon une méta-analyse de 2015.
- L'oignon protège la carotte de sa mouche, mais seulement tant qu'il est jeune et nombreux : l'effet disparaît quand il forme son bulbe.
- L'œillet d'Inde éloigne les nématodes s'il est semé dense deux mois avant la culture. En bordure au milieu des légumes, il ne sert à rien.
- Le basilic augmente le rendement total d'une planche de tomates, sans changer le goût des tomates.
- Les listes d'incompatibilités relèvent surtout de la tradition, sauf quand deux plantes partagent les mêmes maladies.
Pourquoi deux plantes ensemble peuvent mieux pousser
Les agronomes parlent de cultures associées. Leur intérêt se mesure par un indicateur simple, le rapport d'équivalence de surface : la surface qu'il faudrait en cultures séparées pour obtenir la même récolte qu'en association. En 2015, une méta-analyse publiée dans Field Crops Research par Yang Yu, Wopke van der Werf et leurs collègues a trouvé une valeur moyenne de 1,22. Autrement dit, deux cultures associées produisent en moyenne autant que des cultures séparées sur 22 % de surface en plus.
Ce gain vient de trois mécanismes. Les deux plantes n'exploitent pas le même espace ou pas au même moment : la même méta-analyse montre que le décalage dans le temps entre les deux cultures compte beaucoup, surtout dans les associations qui comprennent le maïs ou une autre plante de type tropical. Certaines plantes gênent les ravageurs de leur voisine, en masquant sa silhouette ou son odeur. Les légumineuses, enfin, fixent l'azote de l'air, dont une partie peut profiter aux plantes voisines.
Y. Yu, T. J. Stomph, D. Makowski, W. van der Werf, Field Crops Research, vol. 184, 2015 ; A. Tukahirwa et T. H. Coaker, Entomologia Experimentalis et Applicata, vol. 32, 1982 ; M. S. Thilakarathna et al., Agronomy for Sustainable Development, vol. 36, 2016.
Le dernier chiffre mérite une précision. La revue de Thilakarathna et de ses collègues, en 2016, montre que la part d'azote transmise d'une légumineuse à la plante voisine pendant la culture varie de 0 à 73 % selon les espèces et les conditions. Le haricot ne nourrit donc pas toujours le maïs ou la courge qui pousse à côté. L'azote qu'il fixe profite de façon plus sûre à la culture suivante, quand ses racines et ses fanes se décomposent, ce qui en fait un pilier de la rotation des cultures.
Carotte et oignon sous conditions
C'est l'association la plus célèbre et l'une des mieux étudiées. En 1984, les entomologistes britanniques Uvah et Coaker ont cultivé des carottes mêlées d'oignons. Le mélange a bien réduit les attaques de la mouche de la carotte, et celles du thrips sur l'oignon. Mais l'effet était d'autant plus fort que les oignons étaient nombreux par rapport aux carottes, et il était maximal avec de jeunes oignons. Une fois que les oignons commençaient à former leur bulbe, l'association devenait pratiquement inefficace.
L'explication tient à l'odeur. Les chercheurs ont observé que les mouches arrivent contre le vent, à moins de 40 cm du sol, guidées par l'odeur des carottes. Les composés volatils des jeunes oignons brouillent cette piste. Les oignons en bulbe en émettent moins, et la mouche retrouve son chemin. La même étude a testé l'œillet d'Inde en mélange avec les carottes : sans effet.
Si vous voulez tenter l'association, alternez plusieurs rangs d'oignons blancs ou de ciboules pour un rang de carottes, semés en même temps, et comptez sur un filet anti-insectes pour la deuxième génération de mouches, en fin d'été, quand les oignons ne protègent plus.
Les choux au milieu d'autres plantes
Deux ans plus tôt, la même équipe avait étudié les choux. Associés à des plantes d'une autre famille, ils ont subi plus de 60 % de pucerons cendrés et de mouches du chou en moins qu'en culture pure. Le mécanisme n'était pas la prédation : les femelles de la mouche entraient aussi nombreuses dans les parcelles mélangées, mais y pondaient moins, dérangées par les plantes non hôtes. Les chercheurs ont précisé les conditions : un rang de l'autre plante entre les rangs de choux, à 50 cm au plus, couvrant au moins la moitié du sol au moment de l'arrivée des ravageurs.
Ce résultat explique pourquoi un potager diversifié souffre souvent moins qu'une grande planche de choux. Il montre aussi les limites d'une capucine isolée au bout du rang : ce qui compte, c'est une couverture dense de plantes différentes autour de chaque chou. Une planche de choux intercalés de laitues ou de trèfle bas remplit cette condition.
A. Tukahirwa et T. H. Coaker, « Effect of mixed cropping on some insect pests of brassicas », Entomologia Experimentalis et Applicata, vol. 32, 1982, p. 129-140.
Tomate et basilic
Michael Bomford, de l'université de Virginie-Occidentale, a testé pendant trois ans les associations tomate et basilic, tomate et chou de Bruxelles, dans des conditions de jardin. Le basilic a apporté un gain moyen de 20 % de rendement total par rapport aux cultures séparées, que ce soit avec la tomate ou avec le chou de Bruxelles. Le gain était plus fort aux densités élevées et quand la proportion de basilic était importante. L'association tomate et chou de Bruxelles, souvent déconseillée, n'apportait aucun avantage.
Deux idées reçues tombent au passage. Des dégustations à l'aveugle menées trois années de suite n'ont montré aucune préférence pour les tomates cultivées avec un compagnon : le basilic ne les rend pas meilleures. Et les effets sur les ravageurs se sont inversés d'une année à l'autre selon les dates de plantation. La conclusion de Bomford est pratique : le succès d'une association dépend de la densité, des proportions et des dates de plantation, bien plus que du couple d'espèces choisi.
M. K. Bomford, thèse, West Virginia University, 2004, et Journal of Sustainable Agriculture, vol. 33, 2009, p. 396-417.
L'œillet d'Inde contre les nématodes
L'œillet d'Inde a une vraie action contre certains nématodes du sol, ces vers microscopiques qui forment des galles sur les racines des tomates et des carottes. Selon la fiche de l'université de Floride, ses racines libèrent l'alpha-terthiényle, un composé qui empêche l'éclosion des œufs de nématodes, et la plante n'héberge pas certaines espèces, dont les populations déclinent.
Mais la même fiche précise la méthode : semer serré, à moins de 18 cm entre les plants, au moins deux mois avant le légume à protéger, comme un engrais vert. Planter quelques œillets entre les tomates est jugé très risqué, car les nématodes trouvent les racines de la tomate et s'y reproduisent quand même. Les œillets d'Inde de l'espèce Tagetes patula sont les plus efficaces, avec des variétés comme 'Single Gold' ou 'Tangerine'.
R. Krueger, K. E. Dover, R. McSorley, K.-H. Wang, « Marigolds (Tagetes spp.) for nematode management », University of Florida IFAS Extension, ENY-056.
Les trois sœurs
Le maïs, le haricot grimpant et la courge cultivés ensemble forment le système traditionnel des Haudenosaunee, les Iroquois. En 2016, l'agronome Jane Mt. Pleasant a mesuré ce qu'il produit : davantage d'énergie alimentaire, environ 12 millions de kilocalories par hectare, et davantage de protéines, 349 kg par hectare, que chacune des trois cultures seule ou qu'un mélange de cultures séparées sur la même surface. De quoi nourrir environ 13 personnes par hectare et par an en énergie.
- Le maïs
Semé en premier, en buttes ou en poquets espacés. Il sert de tuteur au haricot.
- Le haricot
Semé au pied du maïs quand celui-ci a pris de l'avance, pour qu'il ne l'étouffe pas. Il fixe de l'azote, dont une partie profite au système.
- La courge
Plantée entre les buttes, elle couvre le sol de ses grandes feuilles et limite les herbes et l'évaporation.
Le système demande de la place et de la chaleur : il convient aux grandes planches du Sud-Ouest ou du Centre plus qu'à un carré potager. Choisissez un maïs vigoureux et un haricot à rames peu envahissant, sinon le haricot couche le maïs.
J. Mt. Pleasant, « Food yields and nutrient analyses of the Three Sisters: a Haudenosaunee cropping system », Ethnobiology Letters, vol. 7, 2016.
Le bilan des associations les plus citées
| Association | Ce qu'on en dit | Ce que montrent les essais |
|---|---|---|
| Carotte et oignon | L'oignon éloigne la mouche | Oui, sous conditions : oignons jeunes et nombreux |
| Chou et plantes d'autres familles | Moins de ravageurs | Oui : plus de 60 % de pucerons et de mouches du chou en moins |
| Tomate et basilic | Meilleur goût, moins de pucerons | Rendement total + 20 %, goût inchangé |
| Œillet d'Inde en bordure | Éloigne nématodes et insectes | Inefficace en mélange, efficace semé dense avant culture |
| Maïs, haricot, courge | Trois sœurs | Plus d'énergie et de protéines par hectare que les cultures séparées |
| Tomate et chou de Bruxelles | Incompatibles | Aucun avantage mesuré |
| Haricot et légumineuse avec maïs | Le haricot nourrit le maïs | Très variable : 0 à 73 % d'azote transmis |
Sources détaillées dans chaque section ci-dessus.
Les autres associations des tableaux traditionnels, y compris celles de nos fiches légumes, viennent de l'expérience des jardiniers et de la tradition. Elles ne sont pas fausses pour autant, mais elles n'ont pas fait l'objet d'essais publiés à notre connaissance. Prenez-les comme des pistes à tester chez vous, pas comme des règles.
Les bonnes raisons de séparer deux plantes
Les listes d'incompatibilités invoquent souvent des antipathies mystérieuses entre plantes. Les raisons solides de séparer deux cultures sont plus simples. La première est la famille : deux plantes de la même famille partagent maladies et ravageurs. La tomate et la pomme de terre, deux solanacées, sont toutes deux attaquées par le mildiou, et les cultiver côte à côte facilite la propagation. Les choux, navets, radis et roquette partagent l'altise et la hernie du chou.
La deuxième raison est la concurrence. Une plante haute fait de l'ombre à sa voisine, une courge coureuse envahit les salades, et deux plantes gourmandes en eau se disputent la même réserve. Bomford l'a mesuré : planté plus tôt, le chou de Bruxelles prenait le dessus sur la tomate. Réussir une association est donc une affaire d'espace et de calendrier.
⚠️ Le fenouil et les autres réputations
Le fenouil a la réputation de freiner tous ses voisins, l'ail et l'oignon celle de gêner les haricots. Nous n'avons pas trouvé d'essai publié qui le démontre au potager. Si vous constatez un problème chez vous, faites confiance à votre observation, et vérifiez d'abord l'ombre, la concurrence pour l'eau et l'espacement.
Réussir une association au potager
- Décaler dans le temps
Associez une culture rapide et une culture lente : radis entre les choux, salades au pied des tomates. La première est récoltée avant que la seconde ait besoin de la place.
- Décaler dans l'espace
Une plante haute et une plante basse, une racine profonde et une racine superficielle se gênent moins que deux plantes de même port.
- Mélanger les familles
Ne mettez pas côte à côte deux plantes de la même famille, qui partagent maladies et ravageurs.
- Densifier
Les effets mesurés contre les ravageurs demandent une couverture dense : un rang de plante associée entre chaque rang, pas une plante isolée en bout de planche.
Les fleurs ont aussi leur place, non pour repousser les ravageurs, mais pour nourrir les insectes auxiliaires et les pollinisateurs. Le guide des fleurs utiles au potager détaille lesquelles semer, et celui des insectes auxiliaires ce qu'elles attirent.
Les associations selon votre climat
| Zone | Association adaptée | Ce qui change |
|---|---|---|
| Nord et Nord-Est | Choux et salades | Les choux réussissent bien : intercalez des laitues ou un trèfle bas pour gêner pucerons et mouches. Les trois sœurs manquent souvent de chaleur. |
| Atlantique | Carottes et ciboules | Saison longue pour les semis échelonnés. Espacez tomates et pommes de terre, le mildiou y est fréquent. |
| Centre | Tomate et basilic | Étés assez chauds pour le basilic et les trois sœurs sur une grande planche. |
| Sud-Ouest | Trois sœurs | Chaleur et saison longue conviennent au maïs, au haricot à rames et à la courge. |
| Méditerranée | Associations sobres en eau | Évitez d'associer deux cultures gourmandes en eau. La courge qui couvre le sol limite l'évaporation. |
| Montagne | Cultures rapides | Saison courte : radis et salades entre les choux plutôt que des associations longues. |
Notre position
Associer les cultures vaut la peine, mais pour des raisons plus terre à terre que celles des tableaux traditionnels : mieux occuper l'espace et le temps, mélanger les familles pour gêner les ravageurs, couvrir le sol. Les effets mesurés sont réels quand on respecte la densité et le calendrier, et faibles ou nuls avec une plante compagne isolée.
Mêlez des cultures rapides aux lentes, intercalez des plantes d'autres familles entre les choux, semez beaucoup de jeunes oignons parmi les carottes de printemps, et réservez l'œillet d'Inde à un semis dense avant une culture sensible aux nématodes.
Questions fréquentes
L'oignon protège-t-il les carottes de la mouche ?
Oui, mais sous conditions. L'étude d'Uvah et Coaker, en 1984, a montré que mêler oignons et carottes réduit les attaques, d'autant plus que les oignons sont nombreux et jeunes. Dès que l'oignon forme son bulbe, l'effet devient pratiquement nul. Pour la seconde génération de mouches, en fin d'été, un filet reste nécessaire.
Faut-il planter du basilic avec les tomates ?
C'est une bonne association pour le rendement total : les essais de Michael Bomford ont mesuré un gain moyen de 20 % par rapport aux cultures séparées. En revanche, des dégustations à l'aveugle sur trois ans n'ont trouvé aucune différence de goût, et l'effet sur les ravageurs n'était pas constant.
L'œillet d'Inde éloigne-t-il les ravageurs ?
Contre certains nématodes du sol, oui, à condition de le semer serré, à moins de 18 cm entre les plants, au moins deux mois avant le légume, selon l'université de Floride. Planté en bordure entre les tomates, il est jugé inefficace, et il n'a eu aucun effet sur la mouche de la carotte dans l'étude d'Uvah et Coaker.
Quels légumes ne faut-il pas planter ensemble ?
Surtout deux plantes de la même famille, qui partagent maladies et ravageurs, comme la tomate et la pomme de terre, toutes deux sensibles au mildiou, ou les choux et les radis, attaqués par l'altise. Évitez aussi les associations où une plante fait de l'ombre ou envahit l'autre. Les autres incompatibilités des tableaux relèvent surtout de la tradition.
Les trois sœurs sont-elles plus productives ?
Oui. L'agronome Jane Mt. Pleasant a mesuré en 2016 que l'association maïs, haricot et courge produit plus d'énergie et plus de protéines par hectare que chacune des cultures seules ou cultivées séparément sur la même surface. Elle demande de la chaleur et de la place, et un haricot semé quand le maïs a déjà pris de l'avance.
- Y. Yu, T. J. Stomph, D. Makowski, W. van der Werf, Temporal niche differentiation increases the land equivalent ratio of annual intercrops: a meta-analysis, Field Crops Research, 184, 2015, p. 133-144, doi 10.1016/j.fcr.2015.09.010
- I. I. I. Uvah, T. H. Coaker, Effect of mixed cropping on some insect pests of carrots and onions, Entomologia Experimentalis et Applicata, 36, 1984, p. 159-167, doi 10.1111/j.1570-7458.1984.tb03422.x
- A. Tukahirwa, T. H. Coaker, Effect of mixed cropping on some insect pests of brassicas, Entomologia Experimentalis et Applicata, 32, 1982, p. 129-140, doi 10.1111/j.1570-7458.1982.tb03193.x
- M. K. Bomford, Yield, pest density, and tomato flavor effects of companion planting in garden-scale studies, thèse, West Virginia University, 2004 ; Journal of Sustainable Agriculture, 33, 2009, p. 396-417
- R. Krueger, K. E. Dover, R. McSorley, K.-H. Wang, Marigolds (Tagetes spp.) for nematode management, University of Florida IFAS Extension, ENY-056 : edis.ifas.ufl.edu/publication/NG045
- J. Mt. Pleasant, Food yields and nutrient analyses of the Three Sisters: a Haudenosaunee cropping system, Ethnobiology Letters, 7, 2016, doi 10.14237/ebl.7.1.2016.721
- M. S. Thilakarathna et al., Belowground nitrogen transfer from legumes to non-legumes under managed herbaceous cropping systems. A review, Agronomy for Sustainable Development, 36, 2016, doi 10.1007/s13593-016-0396-4