🍂 Le mildiou
Deux heures de feuillage mouillé suffisent au mildiou pour contaminer une tomate, selon la Société nationale d'horticulture de France. Après un orage d'été suivi d'un temps lourd, un rang entier peut noircir en quelques jours. Le mildiou n'est pas un champignon mais un oomycète, Phytophthora infestans, qui voyage avec le vent depuis les pommes de terre du voisinage et passe l'hiver dans les tubercules oubliés en terre. Voici comment le reconnaître, quand il frappe, ce qui protège les plants et ce que l'on peut encore faire une fois qu'il est là.

✅ L'essentiel
- Deux heures d'eau sur les feuilles entre 18 et 25 °C suffisent à amorcer une infection ; au-dessus de 30 °C, le mildiou est inactivé sans être détruit.
- L'abri est la meilleure protection : sous serre, les spores portées par le vent atteignent moins les plants, note la RHS.
- Les variétés résistantes aident sans tout régler : le gène Ph-2 des variétés françaises n'apporte qu'une résistance partielle.
- Purins et décoctions n'ont aucune efficacité prouvée contre le mildiou, selon la SNHF ; le cuivre agit en préventif seulement.
- Ne mangez pas les fruits tachés et ne compostez pas les plants atteints : les spores de conservation survivent dans un compost familial.
Reconnaître le mildiou
Le mildiou attaque toutes les parties de la plante, et c'est ce qui le distingue de la plupart des autres maladies de la tomate. Sur les feuilles, la RHS décrit une pourriture aqueuse qui s'étend vite : la feuille s'affaisse, se ratatine et brunit. La SNHF précise que les nervures brunissent dans les plages atteintes, et qu'un duvet blanc apparaît au revers par temps humide.
| Organe | Symptôme sur tomate | Symptôme sur pomme de terre |
|---|---|---|
| Feuilles | Larges plages huileuses qui sèchent en leur centre, duvet blanc au revers | Taches brunes qui s'étendent, duvet blanchâtre au revers par temps humide |
| Tiges et pétioles | Taches brunes ; si la tige principale est ceinturée, tout le haut du pied meurt | Taches brunes sur les tiges, signe qu'il faut couper les fanes |
| Fruits et tubercules | Bosselures brunes, dures et marbrées sur les fruits verts, qui ne mûrissent plus ; pourriture rapide des fruits mûrs | Tubercules contaminés par les spores tombées du feuillage |
RHS, « Tomato blight » et « Potato and tomato blight » ; D. Veschambre, « Mildiou de la tomate, un champignon destructeur », Jardins de France n° 633, SNHF, 2015.
Trois problèmes se confondent souvent avec lui. L'alternariose forme des taches brunes en anneaux concentriques, comme une cible. La nécrose apicale, le « cul noir », marque seulement le bas du fruit d'une tache sèche et noire, sans rien sur les feuilles : c'est un trouble de l'alimentation en calcium, lié à des arrosages irréguliers. Et la pourriture grise forme un duvet gris épais, quand le mildiou laisse un duvet blanc et fin. Le guide des maladies du potager compare ces symptômes.
Quand le mildiou frappe
Le mildiou a besoin d'eau sur les feuilles et d'une chaleur douce. La SNHF cite en particulier les orages d'été de plus de 20 à 25 mm suivis d'un temps couvert et humide, avec des températures entre 18 et 25 °C. Le système d'alerte britannique retient des critères voisins pour la pomme de terre.
SNHF, Jardins de France n° 633, 2015. Critères de Hutton : AHDB, « Late blight disease and its management in potatoes ».
Les critères de Hutton, utilisés au Royaume-Uni, signalent un risque élevé après deux jours de suite avec une température minimale de 10 °C et au moins six heures d'humidité de l'air à 90 %. La RHS observe les premières attaques dès juin au Royaume-Uni. En France, la SNHF relève que la maladie peut sévir de la fin du printemps jusqu'à l'automne, et rappelle les étés 2013 et surtout 2014, où l'évolution fulgurante a été fréquente dans de nombreuses régions.
Le dernier chiffre explique pourquoi une canicule semble arrêter le mildiou, et pourquoi il repart dès les premiers orages : inactivé au-delà de 30 °C, il retrouve sa vigueur dès que la chaleur et l'humidité redeviennent favorables.
D'où vient la contamination
Comprendre le cycle du mildiou dit où agir. La RHS est claire : la plupart des contaminations des tomates au jardin viennent de pommes de terre malades, dans d'autres jardins ou dans les champs, par des spores portées par le vent. Elles peuvent parcourir de longues distances.
- Hiver
Le mildiou survit dans les tubercules de pommes de terre oubliés en terre et, sous forme d'oospores, dans les débris de tomates et de pommes de terre. La SNHF note que ces oospores résistent au gel et peuvent subsister plusieurs années dans le sol.
- Printemps
Les tubercules contaminés germent et donnent des pousses malades. Les spores formées sous leurs feuilles partent avec le vent.
- Été
Après une pluie ou une rosée prolongée, les spores germent sur le feuillage des tomates et des pommes de terre. Le foyer s'étend dans le jardin à partir du premier point de contamination.
- Automne
Les plants atteints laissés au jardin ou mis au compost entretiennent les oospores pour l'année suivante.
RHS, « Tomato blight » ; SNHF, Jardins de France n° 633, 2015.
La SNHF ajoute une source que l'on oublie : la morelle noire, mauvaise herbe de la même famille, sensible au mildiou, qu'il vaut mieux arracher. Pour le reste, la rotation des cultures sur quatre ans, conseillée par la RHS, limite les oospores du sol, mais elle ne peut rien contre les spores qui arrivent par l'air.
Les gestes qui protègent les tomates
Puisque le mildiou a besoin d'eau sur les feuilles, tout ce qui garde le feuillage sec le freine. L'ordre du tableau reflète l'efficacité que l'on peut en attendre.
| Geste | Pourquoi | Efficacité |
|---|---|---|
| Cultiver sous serre ou sous un toit | Les spores portées par le vent atteignent moins les plants, et la pluie ne mouille plus le feuillage | La plus forte |
| Choisir une variété résistante | La plante freine l'infection | Variable selon le gène et la souche |
| Arroser au pied, le matin | Le feuillage reste sec | Utile |
| Supprimer les feuilles du bas | Elles reçoivent les éclaboussures de terre chargées de spores | Utile |
| Espacer les pieds | Le feuillage sèche plus vite après la pluie | Utile |
| Éloigner les tomates des pommes de terre | Les pommes de terre sont la principale source de spores | Limitée : le vent porte loin |
Serre : RHS, « Tomato blight ». Feuilles du bas et proximité des pommes de terre : SNHF, Jardins de France n° 633, 2015. Classement JardinZone.
Sous serre, la RHS recommande de garder le feuillage sec, et rappelle que les spores peuvent entrer par les portes et les aérations : il faut aérer pour éviter la condensation, sans laisser la serre ouverte sous la pluie. Un simple toit de film transparent au-dessus d'un rang de tomates, ouvert sur les côtés, garde lui aussi le feuillage au sec. Pour la SNHF, la suppression des feuilles de la base se fait dès que les premiers fruits approchent de la maturité, car ce sont elles qui reçoivent les gouttes chargées de terre et de spores. Le guide pour tailler les tomates précise jusqu'où effeuiller.
La RHS renvoie les jardiniers vers BlightSpy, le service d'alerte de l'institut James Hutton, qui signale les périodes à risque par région au Royaume-Uni. En France, à défaut d'outil grand public équivalent, surveillez la météo : un orage chaud suivi de deux ou trois jours lourds et humides doit vous faire inspecter les tomates chaque matin.
Les variétés résistantes
Les sélectionneurs ont identifié plusieurs gènes de résistance au mildiou chez des tomates sauvages. La SNHF signalait en 2015 qu'en France seul le gène Ph-2 était présent dans les variétés commercialisées, et que son intérêt sur le terrain restait très limité : la résistance n'est que partielle et ne fonctionne que contre certaines souches du mildiou.
| Variété | Résistance | Source |
|---|---|---|
| 'Crimson Crush' | Bon comportement à Wisley en 2021, année de très forte pression | RHS |
| 'Mountain Magic' | Bon comportement à Wisley en 2021 | RHS |
| 'Fandango', 'Ferline', 'Pyros', 'Ringo' | Gène Ph-2, résistance partielle | SNHF, d'après le GEVES, 2015 |
| Pommes de terre 'Sarpo Mira', 'Sarpo Axona', 'Carolus', 'Alouette', 'Athlete' | Bonne résistance selon la RHS | RHS |
RHS, « Tomato blight » et « Potato and tomato blight » ; SNHF, Jardins de France n° 633, 2015, liste fournie par le GEVES.
Une variété résistante ne dispense donc pas des autres gestes, surtout les années humides. Elle réduit les dégâts et donne du temps, ce qui est déjà beaucoup quand le mildiou se déclare en août.
Les traitements et leurs limites
La RHS indique qu'aucun fongicide n'est disponible pour les jardiniers britanniques contre le mildiou. En France, depuis 2019, les particuliers n'ont plus accès aux fongicides de synthèse, et il reste surtout le cuivre. La SNHF a passé en revue les produits utilisables au jardin, avec un constat sévère.
Le cuivre
- Bouillie bordelaise ou oxychlorure de cuivre
- Efficacité préventive uniquement
- Couvrir toute la plante et les nouvelles pousses
- Renouveler tous les 8 à 10 jours et après toute pluie de plus de 25 mm
- Plafond de 40 g de cuivre métal par are et par an
Purins et décoctions
- Prêle, ortie, préparations maison
- « Aucune efficacité prouvée » contre le mildiou selon la SNHF
- Ne remplacent ni l'abri ni la variété
SNHF, Jardins de France n° 633, 2015. Interdiction des fongicides de synthèse aux particuliers : loi Labbé, DRAAF Centre-Val de Loire. RHS, « Tomato blight ».
Le plafond du cuivre a une conséquence pratique que la SNHF souligne : il exclut de protéger complètement une culture de tomates de plein air pendant toute la saison. Ramené à un jardin, 40 g par are font 4 g de cuivre métal pour 10 m² et par an, soit environ 20 g de bouillie bordelaise à 20 % de cuivre. On garde donc le cuivre pour les périodes à risque, avant les pluies annoncées, plutôt qu'en traitement systématique. Le guide de la bouillie bordelaise détaille son emploi.
La décoction de prêle est bien reconnue comme substance de base, notamment contre le mildiou de la pomme de terre, comme l'explique le guide des maladies du potager. Cette autorisation porte sur l'usage, pas sur un niveau d'efficacité : la SNHF n'en a constaté aucune de prouvée contre le mildiou de la tomate.
Une fois le mildiou installé
Sur une attaque débutante, retirez aussitôt les feuilles atteintes et sortez-les du jardin. Quand le pied est largement touché, arrachez-le : il ne guérira pas et contamine ses voisins.
- Tomates : ne mangez pas les fruits tachés. Penn State explique que le risque vient des tissus abîmés, qui favorisent d'autres micro-organismes potentiellement nocifs ; le mildiou en lui-même est sans danger. Les fruits sains d'un pied malade se consomment ou se transforment aussitôt.
- Fruits verts : la RHS conseille de les utiliser tout de suite en chutney ou en sauce plutôt que d'essayer de les faire mûrir. Penn State note que les fruits d'un pied malade risquent davantage de se tacher après la cueillette.
- Pommes de terre : coupez les fanes au ras du sol dès qu'environ un quart des feuilles est touché ou que les tiges sont atteintes, puis attendez environ deux semaines que la peau des tubercules durcisse avant de les récolter, selon la RHS.
- Tubercules tachés : jetez-les. Penn State déconseille de les parer, l'infection pouvant gagner l'intérieur.
- Débris : ni au sol ni au compost. Collecte des déchets verts, dont le compostage industriel chauffe assez pour tuer les oospores.
RHS, « Tomato blight » et « Potato and tomato blight » ; L. LaBorde, Penn State Extension, mis à jour en mars 2026.
La RHS conseille aussi de ne pas réutiliser la terre ou le terreau d'une culture de tomates atteinte sous serre, qui peut contenir des oospores, et de nettoyer les outils et les tuteurs avec un désinfectant. Au printemps suivant, arrachez sans attendre les repousses de pommes de terre.
Le risque de mildiou selon votre climat
| Zone | Risque | Nos conseils |
|---|---|---|
| Nord et Nord-Est | Élevé | Étés frais et humides : tomates sous abri, variétés résistantes, repousses de pommes de terre arrachées au printemps. |
| Atlantique | Très élevé | Douceur et humidité réunissent souvent les conditions : un toit au-dessus des tomates change la saison. |
| Centre | Variable | Faible les étés secs, fort après les orages de juillet et d'août : surveillez après chaque épisode orageux. |
| Sud-Ouest | Élevé | Orages chauds et nuits humides : abri, effeuillage du bas et cuivre avant les pluies annoncées. |
| Méditerranée | Modéré | Les fortes chaleurs le freinent, mais les orages de fin d'été et l'arrosage par aspersion le relancent. |
| Montagne | Variable | Saison courte : tomates sous serre ou tunnel, ce qui les protège aussi du mildiou. |
Niveaux de risque indicatifs JardinZone, établis à partir des conditions décrites par la SNHF. L'humidité de l'année compte davantage que la zone.
Notre position
Contre le mildiou, l'abri passe avant tout le reste : une serre, un tunnel ou un simple toit au-dessus des tomates garde le feuillage sec et tient les spores à distance. Ajoutez une variété résistante, l'effeuillage du bas, l'arrosage au pied, et arrachez les repousses de pommes de terre au printemps.
Ne comptez pas sur les purins, dont aucune efficacité n'est prouvée. Gardez le cuivre pour les périodes d'orage, dans la limite de 40 g par are et par an. Et quand le mildiou est là, arrachez tôt, ne mangez pas les fruits tachés, transformez tout de suite les fruits verts, et ne mettez rien au compost.
Questions fréquentes
Peut-on manger une tomate touchée par le mildiou ?
Non, pas les fruits tachés. Selon Penn State, le risque vient des tissus abîmés, qui favorisent d'autres micro-organismes potentiellement nocifs ; le mildiou en lui-même est sans danger. Les fruits sains d'un pied malade se consomment ou se transforment aussitôt après la cueillette.
Faut-il faire mûrir les tomates vertes d'un pied malade ?
Mieux vaut les utiliser tout de suite, en chutney ou en sauce. La RHS conseille de les transformer plutôt que de chercher à les faire mûrir, et Penn State note que les fruits d'un pied malade risquent davantage de se tacher après la cueillette.
Le mildiou reste-t-il dans la terre ?
Oui. Il passe l'hiver dans les tubercules de pommes de terre oubliés en terre, et sous forme d'oospores qui résistent au gel et peuvent subsister plusieurs années dans le sol selon la SNHF. Mais la plupart des contaminations arrivent par le vent, depuis les pommes de terre du voisinage.
Le purin d'ortie protège-t-il du mildiou ?
Rien ne le prouve. La SNHF conclut que purins de plantes et décoctions n'ont aucune efficacité prouvée contre le mildiou de la tomate. L'abri, les variétés résistantes et le cuivre en préventif restent les seuls moyens qui agissent.
Combien de bouillie bordelaise peut-on utiliser ?
La SNHF rappelle un plafond de 40 g de cuivre métal par are et par an, soit 4 g pour 10 m², ou environ 20 g de bouillie bordelaise à 20 % de cuivre. Ce plafond ne permet pas de protéger des tomates de plein air toute la saison : on réserve le cuivre aux périodes d'orage.
- D. Veschambre, Mildiou de la tomate, un champignon destructeur, Jardins de France n° 633, SNHF, janvier-février 2015 : jardinsdefrance.org
- Royal Horticultural Society, Tomato blight : rhs.org.uk/disease/tomato-blight
- Royal Horticultural Society, Potato and tomato blight : rhs.org.uk/disease/potato-and-tomato-blight
- AHDB, Late blight disease and its management in potatoes : potatoes.ahdb.org.uk/knowledge-library
- L. LaBorde, Tomatoes and potatoes infected with late blight: are they safe for canning?, Penn State Extension, mis à jour le 2 mars 2026 : extension.psu.edu
- DRAAF Centre-Val de Loire, 1er janvier 2019 : du nouveau pour les particuliers, mis à jour le 19 octobre 2023