🌱 Engrais et fertilisation naturelle
Les conseils de fertilisation au jardin s'arrêtent souvent à des recettes : purin d'ortie au printemps, consoude en été, une poignée de cendre au pied des tomates. Ils disent rarement combien d'azote réclame un chou, ce qu'apporte un seau de compost, ni combien de grammes d'engrais cela représente au mètre carré. Ce guide part des chiffres des organismes agronomiques pour répondre à ces trois questions, puis passe en revue les engrais naturels un par un, du fumier à la cendre de bois.
✅ L'essentiel
- L'azote est l'élément qui manque le plus souvent : la pluie d'hiver l'emporte. Le phosphore manque rarement dans un sol cultivé.
- Le compost nourrit le sol plus que la plante : 3 kg par m² apportent l'essentiel de la potasse d'une saison, mais moins de 2 g d'azote disponible la première année.
- Les besoins vont de zéro à plus de 30 g d'azote par m² : rien pour les pois et les fèves, beaucoup pour les choux en terre pauvre.
- Les engrais organiques en granulés (fientes, plumes, sang, corne) sont les seuls apports naturels assez concentrés pour couvrir ces besoins.
- Les purins apportent très peu d'azote : plus de cinquante essais français n'ont pas montré d'effet fertilisant significatif.
Les trois chiffres d'un sac d'engrais
Un sac d'engrais affiche trois nombres, par exemple 4-3-3. Ce sont des pourcentages, toujours dans le même ordre : azote (N), phosphore exprimé en anhydride phosphorique (P2O5) et potassium exprimé en oxyde de potassium (K2O). Un kilo d'engrais 4-3-3 contient donc 40 g d'azote, 30 g de P2O5 et 30 g de K2O. Un sac de corne broyée marqué 13-0-0 n'apporte que de l'azote, un sac de sulfate de potasse marqué 0-0-50 n'apporte que de la potasse.
Ces trois éléments n'ont pas le même rôle et ne manquent pas aussi souvent. Les autres éléments (magnésium, calcium, soufre, fer, bore) comptent aussi, mais les sols de jardin en manquent beaucoup plus rarement, et un manque apparent vient souvent d'un pH qui les bloque plutôt que d'une absence. Le guide feuilles jaunes et carences détaille comment les reconnaître.
| Élément | Rôle dans la plante | Signe d'un manque | Manque fréquent ? |
|---|---|---|---|
| Azote (N) | Croissance des feuilles et des tiges | Plante chétive, feuilles du bas jaune pâle | Oui, surtout au printemps |
| Phosphore (P) | Enracinement, floraison, énergie de la cellule | Croissance bloquée, teintes violacées | Rare en sol cultivé |
| Potassium (K) | Circulation de l'eau, remplissage des fruits et des tubercules | Bord des vieilles feuilles roussi | En sol léger, sableux ou crayeux |
| Magnésium (Mg) | Chlorophylle | Jaunissement entre les nervures des vieilles feuilles | Après excès de potasse |
Fréquence des manques d'après la fiche « Nutrient deficiencies » de la Royal Horticultural Society.
L'azote manque souvent et le phosphore rarement
L'azote du sol est très soluble. La Royal Horticultural Society (RHS) rappelle qu'il est lessivé par la pluie, si bien qu'au printemps, au moment où les légumes démarrent, une terre restée nue tout l'hiver en contient peu. C'est l'élément qu'il faut apporter le plus souvent, et celui dont il faut doser l'excès : selon la RHS, trop d'azote donne des feuilles vert sombre et freine la croissance.
Le phosphore se comporte à l'inverse. Il ne part pas avec l'eau et s'accumule dans les sols cultivés depuis longtemps. Selon la RHS, les engrais riches en phosphore comme la poudre d'os ne sont presque jamais nécessaires, sauf si une analyse de terre montre un manque. Les Chambres d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes rappellent de leur côté que 80 % du phosphore d'un sol est stocké dans sa matière organique, que la vie du sol rend peu à peu disponible.
Le potassium est entre les deux. Les sols argileux le retiennent bien, les sols légers, sableux ou crayeux le perdent avec la pluie. Il ne faut pas non plus le forcer : la RHS observe qu'un usage excessif d'engrais riches en potasse, comme les engrais pour tomates, provoque des carences en magnésium.
RHS, « Nutrient deficiencies » ; Chambres d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes, « La machine à acheter les engrais bio », janvier 2023 ; AHDB, guide RB209, section 6, 2021.
Les besoins en azote de douze légumes
Les recommandations les plus détaillées pour les légumes de plein champ sont publiées au Royaume-Uni par l'AHDB, l'organisme agricole public, dans son guide RB209. Elles donnent pour chaque légume la quantité d'azote à apporter selon ce que le sol fournit déjà, sur une échelle de 0 (terre pauvre, lessivée) à 6 (terre très riche). Le tableau les convertit en grammes par mètre carré pour deux situations : une terre pauvre, à l'indice 0, et une terre moyenne, à l'indice 3.
| Légume | Terre pauvre | Terre moyenne | Niveau de besoin |
|---|---|---|---|
| Chou pommé | 33 g/m² | 22 g/m² | Très élevé |
| Betterave | 29 g/m² | 22 g/m² | Très élevé |
| Poireau | 20 g/m² | 16 g/m² | Élevé |
| Laitue pommée | 20 g/m² | 15 g/m² | Élevé |
| Maïs doux | 22 g/m² | 8 g/m² | Élevé en terre pauvre |
| Haricot nain | 18 g/m² | 8 g/m² | Moyen |
| Navet, panais | 17 g/m² | 7 g/m² | Moyen |
| Oignon | 16 g/m² | 9 g/m² | Moyen |
| Courgette | 10 g/m² puis jusqu'à 7,5 g | 4 g/m² puis jusqu'à 7,5 g | Moyen |
| Radis | 10 g/m² | 6,5 g/m² | Faible |
| Carotte | 10 g/m² | 0 | Faible |
| Pois, fève | 0 | 0 | Aucun |
AHDB, Nutrient Management Guide (RB209), section 6 « Vegetables and bulbs », 2021, tableaux 6.12, 6.17, 6.18, 6.19, 6.20, 6.22 et 6.26, colonnes des indices 0 et 3. 1 kg d'azote par hectare égale 0,1 g par m². Le chou est le chou pommé récolté avant le 31 décembre.
L'écart entre légumes est énorme : un chou en terre pauvre réclame trois fois plus d'azote qu'une carotte. La richesse du sol pèse lourd pour certains et presque pas pour d'autres : le maïs passe de 22 à 8 g, le poireau de 20 à 16 g seulement. Et le haricot nain, bien que légumineuse, a besoin d'azote au semis, contrairement au pois et à la fève qui n'en demandent aucun.
Un potager qui reçoit du compost depuis des années libère davantage d'azote : le RB209 note que des apports répétés de compost augmentent la fourniture d'azote du sol à long terme. Ses besoins se rapprochent alors de la colonne de droite, voire en dessous. Fertiliser par habitude, sans tenir compte de ces réserves, mène à l'excès, que la RHS juge néfaste pour la santé du sol et source de pollution.
Le compost nourrit le sol plus que la plante
Le compost reste l'apport de base du potager, à condition de savoir ce qu'il fournit. Le guide RB209 donne pour un compost de déchets verts environ 7,5 kg d'azote par tonne, et 11 kg pour un compost qui contient aussi des déchets de cuisine. Sur ce total, la part disponible pour la culture suivante est infime : les essais au champ indiquent environ 5 % pour un compost mixte, et une quantité trop faible pour être comptée avec un compost de déchets verts. L'azote du compost se libère lentement, sur des années, et c'est ce qui enrichit le sol à long terme.
La potasse, en revanche, est disponible tout de suite : environ 80 % est sous forme soluble. Le phosphore l'est pour moitié la première année. À 3 kg par m², le bas de la fourchette que conseille l'ADEME pour les légumes gourmands, un compost de déchets verts couvre la potasse dont ont besoin la plupart des légumes dans un sol moyennement pourvu : entre 10 et 20 g par m² selon le RB209, pour un sol à l'indice 2.
Calcul JardinZone d'après le tableau 2.17 du guide RB209, section 2 « Organic materials » (AHDB, 2022) : 6,8 kg de K2O et 3 kg de P2O5 par tonne de compost de déchets verts, disponibles à 80 % et 50 % ; 7,5 à 11 kg d'azote par tonne selon le compost, dont environ 5 % disponible pour un compost mixte et moins pour un compost de déchets verts. Dose de 3 kg par m² tirée du guide ADEME « Comment réussir son compost ? », 2024.
Le compost règle donc la question de la potasse et du phosphore, améliore la structure et la réserve en eau, mais ne nourrit pas en azote un chou ou un poireau la première année. Pour eux, il faut un complément. Le guide faire son compost explique comment le produire et à quel stade l'utiliser.
Le fumier et ses deux précautions
Le fumier de bovin contient environ 6 kg d'azote par tonne selon le RB209, et un peu plus pour le fumier de mouton ou de porc. Comme le compost, il libère peu d'azote la première année : environ 10 % du total s'il est épandu au printemps. Il est en revanche riche en potasse (9,4 kg de K2O par tonne pour le bovin, disponible à 90 %). La RHS conseille 5 à 10 kg de matière organique par m², soit un demi à un seau de 15 litres.
Première précaution : la maturité. La RHS recommande un fumier bien décomposé. S'il est frais, elle conseille d'en mettre moitié moins et jamais sur une planche destinée à des légumes mangés crus, comme les salades. Le fumier de volaille est un cas à part : plus de 30 % de son azote est immédiatement disponible, il agit comme un engrais et se dose comme tel.
⚠️ Le fumier peut contenir un désherbant
Deuxième précaution, plus méconnue : certains désherbants utilisés sur les prairies, l'aminopyralide et le clopyralide, traversent l'animal sans se dégrader et restent actifs dans le fumier. La RHS signale qu'il faut parfois plus d'un an pour que les résidus disparaissent, et deux ans ou plus dans un tas stocké. Tomates, pommes de terre, haricots et pois y sont très sensibles : feuilles enroulées en cuillère, pousses étroites et déformées. Avant d'épandre un fumier d'origine inconnue, semez quelques pois ou fèves dans un pot rempli de ce fumier mêlé de terre, et attendez de voir les premières feuilles.
AHDB, guide RB209, section 2, tableaux 2.2 à 2.5 ; RHS, « Organic matter: how to use in the garden » et « Weedkiller in manure ».
Les engrais organiques du commerce comparés
Pour apporter 20 g d'azote par m², il faudrait plusieurs dizaines de kilos de compost. Les engrais organiques en granulés ou en poudre contiennent quatre à quinze fois plus d'azote que le compost, sous une forme bien plus disponible. La plupart sont issus des abattoirs (plumes, sang, corne, viande, os) ou des élevages de volailles (fientes). Ceux qui portent la mention « UAB » sont utilisables en agriculture biologique.
| Engrais | Teneur N-P-K | Vitesse d'action | Usage au potager |
|---|---|---|---|
| Fientes de volaille en granulés | environ 4-3-3 | Rapide, plus de 80 % de l'azote dans l'année | Engrais complet de base, à la plantation |
| Farine de plumes | 11 à 13 % N | Rapide, environ 80 % | Apport d'azote pour les légumes gourmands |
| Sang séché | 11 à 13 % N | Rapide, environ 80 % | Coup de pouce sur une culture installée qui jaunit |
| Corne broyée | 13 % N environ | Lente | Fumure de fond, cultures longues (poireau, chou) |
| Farine de viande | variable | Moyenne, 65 à 70 % | Moins efficace que les plumes ou le sang |
| Poudre d'os | 2-11-0 | Lente | Seulement si une analyse montre un manque de phosphore |
| Guano | 3 à plus de 10 % N et P | Bonne disponibilité | Teneur très variable : lisez le sac |
| Sulfate de potasse | 0-0-50 | Une à deux semaines | Sol sableux pauvre en potasse |
| Sulfate de potasse et de magnésie | 0-0-22 à 0-0-30 et 11 à 12 % de magnésie | Une à deux semaines | Manque de potasse et de magnésium (Patentkali) |
Fientes, plumes, sang, viande et Patentkali : Chambres d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes, « La machine à acheter les engrais bio », 2023, et Wiki maraîcher, « Les fertilisants solides ». Poudre d'os, guano, sulfates de potasse : Équiterre, guide de la ferme maraîchère biologique, chapitre 13, 2009. Corne broyée : teneur affichée par les fabricants ; action lente selon la RHS.
La différence de vitesse compte autant que la teneur. Les plumes, le sang et les fientes libèrent une partie de leur azote dans les deux semaines qui suivent l'apport quand le sol est chaud et humide, selon le guide d'Équiterre. La corne broyée agit beaucoup plus lentement et convient aux cultures qui restent longtemps en place. Les Chambres d'agriculture notent aussi que ces produits d'abattoir posent une question éthique. Les fientes et les tourteaux végétaux, comme le tourteau de soja à 7 % d'azote, restent alors les options.
Calculer une dose en grammes par mètre carré
Le calcul tient en une division. On part du besoin du légume, on retire ce que le compost ou le fumier apporte déjà la première année (presque rien en azote), et on divise par la teneur de l'engrais multipliée par la part qui se libère dans la saison. Le RB209 ajoute une règle de bon sens : ne pas apporter plus de 100 kg d'azote par hectare au semis ou à la plantation, soit 10 g par m², et donner le reste une fois la culture bien installée. Un apport fractionné limite les pertes et les excès.
| Exemple | Besoin | Engrais | Dose |
|---|---|---|---|
| Poireau en terre moyenne | 16 g N/m² | Fientes 4 %, 80 % disponibles | 10 g à la plantation : 310 g/m², puis 6 g en été : 190 g/m² |
| Chou pommé en terre pauvre | 33 g N/m² | Plumes 12 %, 80 % disponibles | 10 g à la plantation : 105 g/m², puis 23 g en deux fois : 240 g/m² au total |
| Laitue en terre moyenne | 15 g N/m² | Fientes 4 %, 80 % disponibles | 10 g à la plantation : 310 g/m², puis 5 g : 160 g/m² |
| Carotte en terre moyenne | 0 | Aucun | Le compost de l'année précédente suffit |
Calcul JardinZone : besoin en g par m² ÷ (teneur × part disponible). Besoins du RB209 (AHDB, 2021), teneurs et parts disponibles des Chambres d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes (2023).
Pesez une fois votre poignée d'engrais sur une balance de cuisine. Vous saurez ensuite combien de poignées font 100 g, et les doses du sac cessent d'être abstraites.
Purins d'ortie et de consoude sans illusions
Le purin d'ortie est souvent présenté comme un engrais azoté. Les mesures disent autre chose. En 2012, le conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France a fait le bilan de quinze ans d'essais menés par le Ctifl, l'IFV et l'Iteipmai, soit plus de cinquante essais. Ses conclusions sont nettes : les purins analysés contiennent très peu d'azote, et très peu sous une forme assimilable. Aucun effet significatif n'a été observé sur chou-fleur, poireau, courgette, aubergine, melon et fraisier, que le purin serve au pralinage des jeunes plants, en pulvérisation ou au goutte-à-goutte. Lors d'un essai du Ctifl sur fraisier, un purin du commerce ne contenait même que des quantités infinitésimales d'azote.
Le guide d'Équiterre fait le même calcul pour tous les fertilisants liquides : les légumes ont besoin de 50 à 130 kg d'azote par hectare, alors que 5 litres d'émulsion de poisson pulvérisés sur un hectare n'en apportent que 250 g. Selon ce guide, l'effet parfois observé tient sans doute à des composés stimulants ou à des oligo-éléments. La RHS reste plus favorable aux préparations maison, en particulier à la consoude, riche en potasse surtout en sol argileux, mais précise qu'elles sont beaucoup plus faibles que les engrais du commerce et qu'il faut les donner souvent.
Leur intérêt
- Un complément gratuit, surtout la consoude pour la potasse
- Une façon d'utiliser les orties et la consoude du jardin
- Des feuilles de consoude utiles aussi en paillis ou au compost
Leurs limites
- La fumure d'un chou ou d'un poireau en terre pauvre
- Le compost pour la structure du sol
- Un engrais azoté pour une culture qui jaunit
Si vous les utilisez, faites-le au pied et pas sur les parties que vous allez manger : Équiterre déconseille d'appliquer purins et thés de compost directement sur les légumes, à cause des germes qu'ils peuvent contenir. La recette et les dilutions sont dans les guides du purin d'ortie et de la consoude.
Cendre de bois et marc de café
La cendre de bois contient environ 3 % de potassium selon la RHS, un peu plus pour les petites branches de taille que pour les grosses bûches. Elle a surtout un effet chaulant : elle remonte le pH comme la chaux. La RHS conseille 50 à 70 g par m² à la fin de l'hiver sur les planches de légumes, ce qui représente à peine 2 g de potassium. C'est très peu à côté de ce qu'apporte une couche de compost.
Ses précautions comptent plus que ses apports. Pas de cendre là où vous planterez des pommes de terre au printemps suivant, car un sol plus alcalin favorise la gale. Pas de cendre au pied des framboisiers ni des autres fruitiers, qui préfèrent un sol légèrement acide. Pas de cendre de bois traité, de charbon ou de briquettes de barbecue. Et gardez-la au sec : la pluie emporte sa potasse.
Le marc de café, lui, n'est pas acide, contrairement à une idée répandue. L'université d'État de l'Oregon l'a mesuré entre 6,5 et 6,8 de pH, avec environ 2 % d'azote et un rapport carbone sur azote de 20, proche de celui d'un fumier. C'est un excellent ingrédient de compost. Mélangé cru à la terre, il gêne au contraire les cultures : dans les essais de la même université, une terre contenant un quart de marc a donné une mauvaise levée et une croissance ralentie de la laitue. Passez-le d'abord par le composteur.
RHS, « Wood ash: using in the garden » ; Oregon State University, communiqué du 10 juillet 2008 sur le marc de café et le compost.
Les légumineuses et les engrais verts
Les pois et les fèves vivent en association avec des bactéries de leurs racines qui fixent l'azote de l'air, et le RB209 ne leur prévoit aucun apport d'azote, quelle que soit la richesse du sol. Placées avant un légume gourmand dans la rotation des cultures, elles laissent un sol un peu plus riche.
Les engrais verts jouent un autre rôle, tout aussi utile. Semés après la dernière récolte, ils couvrent le sol pendant l'hiver et retiennent dans leurs feuilles l'azote que la pluie aurait emporté. Une légumineuse comme la vesce ou le trèfle en ajoute. Fauchés au printemps, ils rendent cet azote au légume suivant. C'est le moyen le plus simple de ne pas perdre chaque hiver une partie de ce que le compost a apporté.
Les bons réflexes et les erreurs courantes
Les bons réflexes
- Faire analyser la terre tous les trois à cinq ans
- Réserver l'azote aux légumes qui en ont besoin
- Fractionner : 10 g par m² au maximum à la plantation
- Couvrir le sol l'hiver d'un engrais vert
- Tester un fumier inconnu sur quelques pois
Les erreurs courantes
- Mettre de la poudre d'os « pour les racines » sans analyse
- Donner de l'engrais pour tomates à tout le potager
- Épandre de l'azote en automne sur une terre nue
- Compter sur le purin d'ortie pour nourrir les choux
- Mettre de la cendre avant les pommes de terre
Le calendrier des apports
- Fin d'hiver et printemps
Compost mûr et fumier décomposé sur les planches des légumes gourmands, incorporés en surface. La RHS juge le printemps, juste avant la reprise de végétation, le meilleur moment pour la plupart des sols, et la fin de l'hiver pour les sols sableux. Cendre de bois à cette période, loin des futures pommes de terre.
- Semis et plantation
Premier apport d'engrais azoté, sans dépasser 10 g d'azote par m². Rien pour les pois, les fèves et les carottes en terre moyenne.
- Culture installée
Complément pour les choux, poireaux, betteraves et courgettes, une fois la culture bien installée, sur sol humide.
- Été
Potasse seulement en sol sableux et si les feuilles le montrent. Arrosez après chaque apport : dans une terre sèche, l'engrais agit peu.
- Automne
Aucun engrais azoté : il serait lessivé avant le printemps. La RHS déconseille même d'épandre de la matière organique à la fin de l'été, quand la terre chaude la décompose vite avant les pluies. Semez un engrais vert sur les planches libérées.
Fertiliser selon votre climat
L'azote des engrais organiques se libère d'autant plus vite que la terre est chaude et humide, et il se perd d'autant plus que l'hiver est pluvieux. Ces deux règles suffisent à adapter le calendrier à votre zone.
| Zone | Risque principal | Ce qui change |
|---|---|---|
| Nord et Nord-Est | Sol froid au printemps | La terre se réchauffe tard et libère peu d'azote au début du printemps. Préférez des engrais rapides (fientes, plumes) à la plantation plutôt que la corne, et ne plantez pas dans un sol encore froid. |
| Atlantique | Lessivage en hiver | Les pluies d'hiver emportent l'azote et, en sol léger, la potasse. Jamais d'engrais azoté à l'automne, sol couvert d'un engrais vert, compost épandu en fin d'hiver seulement. |
| Centre | Été sec | Le fumier peut s'épandre en automne sur les terres argileuses ou limoneuses. En juillet et août, un engrais posé sur terre sèche agit peu : apportez-le avant un arrosage. |
| Sud-Ouest | Démarrage précoce | La terre se réchauffe tôt et l'azote se libère plus tôt qu'au nord. Avancez le compost à la fin de l'hiver et le premier apport à la plantation. |
| Méditerranée | Sol sec en été | Sans eau, l'engrais se dégrade peu. Fertilisez juste avant de mettre en route le goutte-à-goutte, calez les cultures gourmandes au printemps et à l'automne. En sol calcaire, oubliez la cendre de bois. |
| Montagne | Saison courte | La terre reste froide tard et la décomposition est lente. Engrais rapides à la plantation et fumier bien composté. La corne, trop lente, y a moins d'intérêt. |
Notre position
Apportez chaque année du compost ou du fumier décomposé : il couvre la potasse et le phosphore et entretient la vie du sol. Gardez l'azote pour les légumes qui en ont besoin, choux, poireaux, betteraves et salades en tête, et donnez-le sous forme de granulés organiques pesés, en deux fois. Laissez les pois, les fèves et les carottes s'en passer.
Faites analyser votre terre avant d'acheter de la poudre d'os ou de la potasse. Utilisez les purins si vous aimez les préparer, mais ne comptez pas sur eux pour nourrir le potager : les essais n'ont jamais montré qu'ils le faisaient.
Questions fréquentes
Que veulent dire les trois chiffres NPK sur un sac d'engrais ?
Ce sont des pourcentages d'azote (N), de phosphore exprimé en P2O5 et de potassium exprimé en K2O, toujours dans cet ordre. Un kilo d'engrais 4-3-3 contient 40 g d'azote, 30 g de P2O5 et 30 g de K2O. Un engrais 13-0-0 comme la corne broyée n'apporte que de l'azote.
Le purin d'ortie suffit-il à nourrir un potager ?
Non. Le bilan publié en 2012 par la Société nationale d'horticulture de France, sur plus de cinquante essais, conclut que les purins contiennent très peu d'azote assimilable et n'ont pas eu d'effet fertilisant significatif sur chou-fleur, poireau, courgette, aubergine, melon et fraisier. Pour les légumes gourmands, il faut du compost et un engrais organique plus concentré.
Combien de compost mettre au potager chaque année ?
L'ADEME conseille 3 à 5 kg par m² pour les légumes gourmands et 1 à 3 kg pour les autres. À 3 kg par m², un compost de déchets verts apporte environ 16 g de potasse disponible, de quoi couvrir la plupart des légumes, mais moins de 2 g d'azote disponible la première année.
La cendre de bois est-elle un bon engrais ?
C'est un apport modeste : environ 3 % de potassium selon la RHS, soit à peine 2 g par m² à la dose conseillée de 50 à 70 g. Elle agit surtout comme de la chaux. Évitez-la avant les pommes de terre, au pied des framboisiers et des fruitiers, et n'utilisez jamais la cendre de bois traité ou de charbon.
Quand mettre de l'engrais au potager ?
Le compost et le fumier décomposé à la fin de l'hiver, l'engrais azoté à la plantation puis une seconde fois quand la culture est installée, sans dépasser 10 g d'azote par m² à la plantation. Jamais d'engrais azoté à l'automne : la pluie d'hiver l'emporterait avant le printemps.
- AHDB, Nutrient Management Guide (RB209), section 6 « Vegetables and bulbs », janvier 2021, tableaux 6.12 à 6.26 : ahdb.org.uk/rb209
- AHDB, Nutrient Management Guide (RB209), section 2 « Organic materials », 2022, tableaux 2.2 à 2.5 et 2.17 : ahdb.org.uk/rb209
- Royal Horticultural Society, Nutrient deficiencies : rhs.org.uk/prevention-protection/nutrient-deficiencies
- Royal Horticultural Society, Fertilisers : rhs.org.uk/garden-jobs/fertilisers
- Royal Horticultural Society, Organic matter: how to use in the garden : rhs.org.uk/advice/profile?pid=865
- Royal Horticultural Society, Weedkiller in manure : rhs.org.uk/soil-composts-mulches/weedkiller-in-manure
- Royal Horticultural Society, Wood ash: using in the garden : rhs.org.uk/soil-composts-mulches/wood-ash-using-in-garden
- Royal Horticultural Society, Homemade fertilisers et Making comfrey feed : rhs.org.uk/garden-jobs/homemade-fertilisers
- Chambres d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes (V. Vigier, Chambre d'agriculture du Cantal), La machine à acheter les engrais bio 2023, fiche technique, janvier 2023 : opera-connaissances.chambres-agriculture.fr
- Weill A., Duval J., Les fertilisants autres que les fumiers et les composts, Guide de gestion globale de la ferme maraîchère biologique et diversifiée, module 7 chapitre 13, Équiterre, 2009 : agrireseau.net
- Wiki maraîcher, Les fertilisants solides : wikimaraicher.ca/wiki/Guide_04-05-01
- Société nationale d'horticulture de France, J.-L. Bernard, J. My, D. Veschambre, Protection des plantes, tradition et macération d'ortie, 2012 : jardiner-autrement.fr
- ADEME, Comment réussir son compost ?, juillet 2024
- Oregon State University, Coffee grounds perk up compost pile with nitrogen, communiqué du 10 juillet 2008