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🌿 La consoude au jardin

Un kilo de feuilles de consoude, de l'eau jusqu'à 15 litres, un mois de macération : le purin obtenu a la composition d'un engrais tomate du commerce prêt à l'emploi. C'est ce qu'a mesuré Garden Organic, l'organisme britannique qui a sélectionné la consoude 'Bocking 14', en faisant analyser des purins préparés par ses adhérents. Deux surprises en sont sorties : ce purin s'utilise pur, sans dilution, et le purin d'ortie contient presque autant de potasse. Voici la recette, ce qu'elle apporte, comment l'utiliser, et comment installer la consoude au jardin.

Tige de consoude aux feuilles velues portant une grappe de fleurs violettes en clochettes
Photo : Magda Ehlers / Pexels

✅ L'essentiel

  • Recette de Garden Organic : 1 kg de feuilles tassées, de l'eau jusqu'à 15 litres, environ un mois sous couvercle.
  • À utiliser pur : ce purin a la composition d'un engrais tomate du commerce déjà dilué, avec une proportion azote, phosphore, potasse d'environ 4-2-10.
  • Inutile de prolonger au-delà de 30 jours : la macération plus longue n'augmente pas sa richesse.
  • Le purin d'ortie est aussi riche en potasse : 8 % de moins seulement, une différence non significative, mais 50 % d'azote en plus.
  • Plantez la variété 'Bocking 14' : stérile, elle ne se ressème pas, selon la RHS.

Une plante qui accumule la potasse

La consoude est une vivace de la famille de la bourrache, originaire d'Europe, qui pousse volontiers au bord des rivières et des fossés. Garden Organic rappelle qu'elle accumule de grandes quantités de minéraux dans ses feuilles, en particulier du potassium. La RHS ajoute que sa teneur en potasse est en général élevée, surtout quand elle pousse en sol argileux.

Son histoire de plante engrais commence en 1948, quand le Britannique Lawrence Hills se met à l'étudier. En 1958, il installe une station d'essai à Bocking, dans l'Essex, collecte des souches chez les agriculteurs et les numérote. Deux sont restées : 'Bocking 4', retenue comme fourrage, et 'Bocking 14', la meilleure comme engrais. Hills a montré que des feuilles de consoude fanées contiennent autant d'azote et de phosphore qu'un fumier de ferme, mais environ quatre fois plus de potasse.

× 4la potasse des feuilles fanées comparée à un fumier, selon Hills
551 mg/Lde potassium en moyenne dans le purin, mesuré sur 19 jardins
4-2-10rapport azote, phosphore, potasse proche d'un engrais tomate

Garden Organic, « Comfrey vs Nettle feeds », rapport d'essai, analyses de l'université de Coventry, d'après L. D. Hills, « Comfrey: past, present and future », 2011.

La recette du purin de consoude

Garden Organic publie la méthode de référence, reprise de Lawrence Hills, qu'elle a utilisée pour son essai.

  1. Coupez 1 kg de feuilles de consoude, de préférence jeunes : Garden Organic conseille les jeunes feuilles pour un purin plus riche.
  2. Tassez-les au fond d'un seau, en les maintenant avec une brique si besoin.
  3. Complétez avec de l'eau jusqu'à 15 litres, et couvrez le seau.
  4. Laissez macérer environ un mois : dans l'essai, les feuilles coupées début juin ont été prélevées mi-juillet.
  5. Remuez et utilisez le liquide pur, sans le diluer.

Garden Organic, « Comfrey vs Nettle feeds », méthode standard d'après Hills, 2011.

La RHS indique de son côté qu'un purin de plantes est prêt quand le liquide prend la couleur d'une soupe sombre et trouble, au bout de quelques jours à quelques semaines selon la température. Elle conseille de le conserver dans un endroit frais et sombre, et de l'utiliser dans les trois mois, jusqu'à un an au maximum.

Le purin compressé est imprévisible. Certains jardiniers tassent les feuilles sans eau et récupèrent le jus concentré qui s'écoule. Garden Organic l'a trouvé extrêmement variable d'un jardin à l'autre, avec une proportion d'environ 4-2-40, trop déséquilibrée en potasse. La dilution conseillée au dixième devient alors une approximation. Préférez la macération dans l'eau.

Pur et pas dilué

La plupart des recettes conseillent de diluer le purin de consoude à 10 ou 20 %. L'essai de Garden Organic aboutit à une autre conclusion : le purin préparé dans l'eau a déjà la concentration d'un engrais du commerce dilué pour l'emploi. Le diluer revient à l'affaiblir dix fois.

LiquideAzotePhosphorePotassium
Purin de consoude, essai de Garden Organic97 mg/L40 mg/L551 mg/L
Purin de consoude, mesures de Lawrence Hills140 mg/L59 mg/L340 mg/L
Engrais tomate du commerce, dilué pour l'emploi178 mg/L58 mg/L293 mg/L

Garden Organic, « Comfrey vs Nettle feeds », tableaux 1 et 2 ; 19 paires d'échantillons pour l'essai, fiche technique d'un fabricant pour l'engrais du commerce.

La RHS rappelle par ailleurs que les engrais maison sont plus faibles que ceux du commerce et qu'il faut les donner souvent. Les deux conseils se rejoignent : un purin de consoude pur, apporté régulièrement au pied des légumes-fruits en production, équivaut à peu près à un engrais tomate. Les teneurs varient beaucoup d'un jardin à l'autre, souligne Garden Organic, selon le sol et l'âge des feuilles.

À quel rythme l'apporter ? L'enquête de Garden Organic montre des pratiques très partagées : 28 % des jardiniers donnent du purin chaque semaine à leurs légumes-fruits, 27 % toutes les deux à quatre semaines, 28 % seulement deux ou trois fois dans la saison. Puisque le purin pur équivaut à un engrais tomate prêt à l'emploi, un arrosoir au pied des tomates et des courges toutes les une à deux semaines, de la floraison à la fin des récoltes, reprend le rythme habituel d'un engrais liquide. Le plus simple est de le verser sur une terre déjà humide, au pied, sans mouiller le feuillage.

Consoude ou ortie

On répète que l'ortie apporte de l'azote et la consoude de la potasse, et qu'il faut passer de l'une à l'autre au fil de la saison. Garden Organic a voulu le vérifier, en comparant des purins de consoude et d'ortie préparés de la même façon dans les mêmes jardins.

Les points confirmés

  • Le purin d'ortie contient environ 50 % d'azote de plus
  • Il contient aussi 38 % de phosphore de plus
  • Les deux sont riches en potasse

Les surprises de l'essai

  • La consoude n'a que 8 % de potassium de plus, une différence non significative
  • Le purin d'ortie fait aussi un bon engrais pour tomates
  • L'écart entre jardins dépasse l'écart entre les deux plantes

Garden Organic, « Comfrey vs Nettle feeds », 19 paires de purins analysées par l'université de Coventry.

Les auteurs en concluent qu'un jardinier qui n'a qu'un carré d'orties sous la main peut en tirer un très bon engrais pour tomates. Le guide du purin d'ortie présente l'autre volet de la question, son effet de protection contre les maladies, que les essais français n'ont pas confirmé. Pour le reste de la fertilisation, voir le guide des engrais et de la fertilisation naturelle.

Les usages de la consoude au potager

FormeMode d'emploiPour quelles cultures
Purin macéré dans l'eauPur, au pied, régulièrement en période de productionTomates, courges, poivrons, fraisiers
Jus compresséDilué au dixième selon la règle habituelle, composition très variableÀ éviter si vous voulez une dose fiable
Feuilles en paillisFanées puis étalées au pied des plantsLégumes-fruits, pommes de terre
Feuilles au compostMatière verte riche, à mélanger à des matières brunesTous les composts

Purin et jus compressé : Garden Organic. Paillis et compost : JardinZone, à partir de la composition des feuilles mesurée par Hills.

Le paillis de feuilles fanées rend au sol la potasse qu'elles contiennent, lentement, sans l'étape du seau. Les feuilles de consoude enrichissent aussi le compost. Garden Organic rappelle enfin un point souvent oublié : la consoude puise ces éléments dans le sol, qu'il faut à son tour nourrir pour compenser ce que l'on récolte.

Consoude commune ou consoude de Russie

Toutes les consoudes ne se valent pas au jardin. Garden Organic distingue trois types principaux, faciles à confondre à l'œil car leurs différences, couleur des fleurs, forme des feuilles, ne sont pas tranchées.

EspèceCaractèreAu jardin
Consoude officinale, Symphytum officinaleEspèce sauvage, feuilles plus étroites, fleurs crème, bleues, roses ou lilasSe ressème et peut devenir envahissante
Consoude rude, Symphytum asperumFeuilles plus rêches, fleurs d'un bleu plus profondPeut grainer, s'étend moins
Consoude de Russie, Symphytum × uplandicumHybride des deux précédentes, vigoureux, fleurs rouges, bleues ou violettesPas de graines viables : la plus cultivée, dont 'Bocking 14'

Garden Organic, « Survey of comfrey use », annexe « Types of comfrey ».

La consoude de Russie a une histoire singulière. Selon Garden Organic, le botaniste Henry Doubleday la fit venir de Saint-Pétersbourg dans les années 1870 : il cherchait une plante dont le mucilage servirait de colle pour les timbres. La colle n'a jamais tenu, mais la plante est restée. C'est en son honneur que Lawrence Hills a baptisé son association, devenue Garden Organic. Dans l'enquête, la moitié des jardiniers qui ne cultivent pas de consoude invoquaient la peur qu'elle devienne envahissante, une crainte justifiée pour la consoude officinale, sans objet pour 'Bocking 14'.

Les pratiques de 304 jardiniers

Garden Organic a interrogé 304 de ses adhérents, en grande majorité cultivateurs de consoude. Leurs pratiques donnent des repères concrets, et révèlent un oubli fréquent.

PratiquePart des répondants
Purin de consoude83 %
Feuilles ajoutées au compost81 %
Feuilles en paillis55 %
Purin donné aux tomates, aux cucurbitacées, aux poivrons61 %, 41 %, 35 %
Consoude cultivée aussi pour les abeilles74 %
Ne nourrissent jamais leurs pieds de consoude72 %

Garden Organic, « Survey of comfrey use », 304 participants.

Ce dernier chiffre surprend les auteurs. La consoude puise efficacement dans le sol, mais elle ne fixe pas l'azote de l'air comme les légumineuses : sans apport, la richesse du sol et celle des feuilles déclinent peu à peu. Un apport annuel de compost ou de fumier au pied suffit. L'enquête rappelle aussi pourquoi les feuilles font un bon activateur de compost et un bon paillis : leur faible rapport carbone sur azote les fait se décomposer vite. Enfin, la consoude est appréciée des abeilles pour sa longue floraison, accessible aux espèces à langue longue comme courte.

La consoude ne se mange pas. Garden Organic rappelle que son usage comme fourrage a décliné à cause des propriétés potentiellement cancérigènes de ses alcaloïdes, et déconseille de la consommer.

Cultiver la consoude Bocking 14

La RHS recommande la variété 'Bocking 14', stérile : elle ne se ressème pas et ne s'étend donc pas par graines. C'est une vivace qui s'installe pour de longues années : choisissez son emplacement une fois pour toutes.

  • Plantation

    Au printemps ou à l'automne, un fragment de racine ou un plant, dans un coin définitif du jardin, au soleil ou à mi-ombre, en terre fraîche.

  • Première année

    Laissez la plante s'installer ; une coupe légère en fin d'été suffit.

  • Années suivantes

    Plusieurs coupes par saison, du printemps à la fin de l'été, en coupant les feuilles à quelques centimètres du sol. Garden Organic conseille les jeunes feuilles pour les purins.

  • Chaque année

    Un apport de compost ou de fumier au pied, pour rendre au sol ce que la consoude lui prend.

Variété stérile : RHS, « Homemade fertilisers ». Entretien du sol et jeunes feuilles : Garden Organic. Calendrier : JardinZone.

Portez des gants pour la récolte : les feuilles et les tiges sont couvertes de poils rêches qui irritent la peau. Ses fleurs en clochette, tubulaires, conviennent aux insectes à langue longue, comme l'explique le guide pour attirer les pollinisateurs.

La consoude selon votre climat

ZoneNos conseils
Nord et Nord-EstPousse vigoureuse en terre fraîche ; premières coupes en mai.
AtlantiqueClimat idéal, frais et humide : plusieurs coupes de mai à septembre.
CentreArrosez la touffe en été sec pour garder des feuilles jeunes à couper.
Sud-OuestMi-ombre et terre profonde pour passer l'été ; coupes au printemps et à l'automne.
MéditerranéePlantez à mi-ombre, près d'un point d'eau : la consoude souffre de la sécheresse estivale.
MontagneSaison courte : deux ou trois coupes, la première en juin.

Conseils indicatifs JardinZone.

Notre position

Le purin de consoude mérite sa réputation, à condition de le préparer comme Garden Organic : un kilo de feuilles pour 15 litres d'eau, un mois de macération, et un emploi pur, sans dilution, au pied des tomates et des courges en production. Il équivaut alors à peu près à un engrais tomate du commerce.

N'en faites pas une exclusivité : le purin d'ortie, presque aussi riche en potasse, fait aussi bien l'affaire si vous n'avez pas de consoude. Plantez une touffe de 'Bocking 14' à l'écart, nourrissez-la chaque année, et utilisez aussi ses feuilles en paillis et au compost.

Questions fréquentes

Comment faire du purin de consoude ?

Selon la méthode de Garden Organic, tassez 1 kg de feuilles dans un seau, complétez avec de l'eau jusqu'à 15 litres, couvrez et laissez macérer environ un mois. Au-delà de 30 jours, le purin ne s'enrichit plus. Remuez avant l'emploi.

Faut-il diluer le purin de consoude ?

Pas s'il a été préparé dans l'eau. Les analyses de Garden Organic montrent qu'il a déjà la concentration d'un engrais tomate du commerce dilué pour l'emploi. Seul le jus concentré obtenu en pressant les feuilles sans eau se dilue, au dixième, avec une composition très variable.

Ortie ou consoude pour les tomates ?

Les deux conviennent. Dans l'essai de Garden Organic, le purin de consoude n'avait que 8 % de potassium de plus que le purin d'ortie, une différence non significative, et le purin d'ortie contenait davantage d'azote et de phosphore. Les deux ont une composition proche d'un engrais tomate.

Quelle consoude planter au jardin ?

La variété 'Bocking 14', sélectionnée par Lawrence Hills comme la meilleure pour faire de l'engrais. La RHS la recommande parce qu'elle est stérile et ne se ressème pas. Choisissez quand même son emplacement définitif : c'est une vivace qui s'installe pour des années.

Combien de temps se conserve le purin de consoude ?

La RHS conseille de garder les purins de plantes dans un endroit frais et sombre, et de les utiliser dans les trois mois, jusqu'à un an au maximum. Un récipient fermé limite les odeurs.

Sources :
  • Garden Organic, Comfrey vs Nettle feeds, rapport d'essai, analyses du Centre for Agroecology, Water and Resilience, université de Coventry : gardenorganic.org.uk
  • Garden Organic, K. Jewell, Survey of comfrey use, rapport d'enquête auprès de 304 adhérents : gardenorganic.org.uk
  • L. D. Hills, Comfrey: past, present and future, Faber and Faber, 2011 (cité par Garden Organic)
  • Royal Horticultural Society, Homemade fertilisers : rhs.org.uk/garden-jobs/homemade-fertilisers