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🐞 Les insectes auxiliaires

Une larve de chrysope dévore de 100 à 600 pucerons au cours de son développement. Une larve de syrphe en mange une cinquantaine en vingt-quatre heures à son dernier stade. Ces prédateurs travaillent gratuitement au potager, à condition de les reconnaître, ce qui n'a rien d'évident pour des larves qui ne ressemblent pas aux adultes, et de leur offrir ce qu'il leur faut : des fleurs pour les adultes, des abris pour l'hiver et quelques pucerons pour démarrer. Voici les principaux auxiliaires, leurs proies, et ce que valent les hôtels à insectes.

Coccinelle à sept points posée sur une feuille
Photo : Zain Ali / Pexels

✅ L'essentiel

  • Ce sont surtout les larves qui chassent : chez la chrysope et le syrphe, l'adulte se nourrit de nectar, de pollen ou de miellat.
  • Une larve de chrysope mange de 100 à 600 pucerons pendant son développement, selon l'université Cornell.
  • Les fleurs nourrissent les adultes : sans nectar ni pollen à proximité, ils pondent ailleurs.
  • Tolérez les premiers pucerons : ce sont eux qui attirent les prédateurs et nourrissent leurs larves.
  • N'achetez pas de coccinelles asiatiques : l'espèce est classée envahissante en France et dévore les larves des coccinelles locales.

Les principaux auxiliaires du potager

Un auxiliaire est un animal qui se nourrit des ravageurs des cultures, de leurs œufs ou de leurs larves. Au potager, les plus utiles s'attaquent aux pucerons, aux acariens, aux jeunes limaces et aux petites chenilles. Le tableau distingue, pour chacun, le stade qui chasse : c'est souvent la larve, rarement l'adulte.

AuxiliaireProiesStade qui chasseCe que mange l'adulte
CoccinellesPucerons de toutes sortes, acariens, cochenillesLarve et adultePucerons, mais aussi pollen, nectar et miellat
ChrysopesPucerons, acariens, thrips, aleurodes, œufs de papillons, petites chenillesLarveNectar, pollen et miellat, aucune proie
SyrphesPuceronsLarveNectar et pollen
CarabesŒufs et jeunes limaces, larves d'insectesAdulte, la nuit au solChasse elle-même
Guêpes parasitoïdesPuceronsLarve, qui se développe dans le puceronVariable selon l'espèce
Perce-oreillesPucerons et petits invertébrésAdulte, omnivoreProies et végétaux

Coccinelles : INRAE, Encyclopédie des pucerons, fiche Adalia bipunctata. Chrysopes : université Cornell, Biological Control. Syrphes : Jiang et al., Insects, 2025. Carabes : Hatteland et al., PLoS One, 2013. Perce-oreilles : RHS, « Earwigs ». Guêpes parasitoïdes : RHS, « Aphids ».

La coccinelle à deux points, l'une des plus répandues en Europe de l'Ouest selon l'INRAE, a un régime plus varié qu'on ne le croit : pucerons en tout genre, mais aussi pollen, nectar, moisissures, miellat, acariens et cochenilles. C'est ce qui lui permet de survivre quand les pucerons manquent. La RHS compte plus de quarante espèces de coccinelles en Grande-Bretagne, dont beaucoup mangent des pucerons, et range aussi parmi leurs ennemis naturels les staphylins et de minuscules guêpes parasitoïdes, qui pondent dans le puceron et le transforment en une petite coque brune et gonflée. Les vertébrés complètent l'équipe : oiseaux, chauves-souris, crapauds. Le hérisson, lui, mange surtout des coléoptères et des chenilles, bien plus que des limaces, comme le détaille le guide lutter contre les nuisibles au naturel.

Combien de pucerons mange une larve

Les chiffres d'appétit des auxiliaires circulent beaucoup, rarement avec leur source. En voici deux, mesurés.

100 à 600pucerons mangés par une larve de chrysope pendant son développement
≈ 50pucerons en 24 heures pour une larve de syrphe au dernier stade
1 gau-delà, les limaces échappent largement aux carabes

Chrysope : université Cornell, « Chrysoperla carnea ». Syrphe Episyrphus balteatus : Jiang, Li et Wu, Insects, 2025, essais en 24 heures à forte densité de pucerons (49 à 56 pucerons selon l'espèce). Carabes : Hatteland et al., PLoS One, 2013.

Le troisième chiffre tempère un mythe tenace. Dans une étude de terrain publiée en 2013, la prédation des carabes sur la grande limace Arion vulgaris chutait nettement fin mai, quand les limaces dépassaient un gramme. Les carabes chassent surtout les œufs et les jeunes limaces au printemps : ils freinent la population, ils ne débarrassent pas un potager des grosses limaces adultes. Le guide des limaces au potager complète leur action.

Ces chiffres sont mesurés en conditions contrôlées, avec des proies en abondance. Au jardin, une larve mange moins, et les prédateurs arrivent toujours après les pucerons. C'est la raison pour laquelle on voit une colonie de pucerons grossir pendant une ou deux semaines avant d'être nettoyée : les auxiliaires ont besoin de ce temps pour pondre et pour que leurs larves grandissent.

Reconnaître les larves

L'erreur classique consiste à écraser une larve d'auxiliaire en la prenant pour un ravageur. Les larves ne ressemblent en rien aux adultes, et ce sont elles qui mangent le plus de pucerons. Avant d'écraser un insecte inconnu au milieu d'une colonie de pucerons, regardez-le de près.

LarveAllureOù la trouver
CoccinelleAllongée, gris ardoise à noire, souvent tachée d'orange ou de jaune, pattes bien visibles, aspect de petit crocodileSur les tiges et les feuilles couvertes de pucerons
SyrpheAsticot sans pattes, vert ou brunâtre, translucide, pointu à l'avantAu cœur des colonies de pucerons
ChrysopeAplatie, brun clair, grandes mandibules en pince, parfois couverte de débrisSur les feuilles, en chasse active

Descriptions JardinZone, d'après l'aspect courant des larves de ces familles.

Les œufs aussi méritent d'être épargnés : ceux des coccinelles sont jaunes, en petits paquets dressés sous les feuilles, ceux des chrysopes sont blancs, perchés chacun au bout d'un fin pédicelle. Une nymphe de coccinelle, petite bosse orange et noire collée à une feuille, n'est pas non plus une maladie.

Des fleurs pour les adultes

Un syrphe ou une chrysope adultes ne mangent pas de pucerons. Ils cherchent du nectar, du pollen et, pour la chrysope, du miellat. L'université Cornell recommande ainsi de garder des plantes en fleur pour nourrir les chrysopes adultes. Un potager où rien ne fleurit voit passer les auxiliaires sans qu'ils y pondent.

  • Début du printemps

    Les premières fleurs comptent le plus : elles nourrissent les adultes sortis d'hivernage avant l'arrivée des pucerons. Pissenlits laissés en bordure, arbustes à floraison précoce, bulbes.

  • Fin du printemps

    Fleurs simples et ouvertes, faciles d'accès pour les petits insectes : aromatiques en fleur, phacélie, souci, bourrache.

  • Été

    Ombelles de fenouil, d'aneth, de coriandre ou de carottes laissées monter, dont les petites fleurs sont accessibles aux syrphes, et cosmos ou tournesols.

  • Automne

    Asters, lierre en fleur dans une haie, dernières aromatiques : de quoi refaire les réserves avant l'hiver.

Le guide des fleurs utiles au potager détaille les espèces à semer entre les légumes, et celui des pollinisateurs les floraisons qui servent aux deux.

Des abris pour passer l'hiver

La plupart des auxiliaires passent l'hiver au jardin, à l'état adulte, dans un recoin sec. Selon l'université Cornell, les chrysopes hivernent dans la litière de feuilles en bordure des champs. Un potager trop propre en automne, sans feuilles mortes ni tiges sèches, les oblige à chercher refuge ailleurs.

Les bons abris

  • Une haie variée en bordure du potager
  • Un tas de feuilles mortes ou de bois dans un coin
  • Des tiges sèches laissées debout jusqu'au printemps
  • Une bande d'herbes hautes jamais fauchée
  • Un pot de fleurs retourné rempli de paille pour les perce-oreilles

Les erreurs fréquentes

  • Tout nettoyer et tout brûler à l'automne
  • Traiter les pucerons dès leur apparition
  • Un potager sans aucune fleur
  • Compter sur un seul hôtel à insectes
  • Acheter des coccinelles asiatiques

Le pot retourné garni de paille est une astuce de la RHS : posé dans un arbre fruitier, il abrite les perce-oreilles, qui y contrôlent bien les pucerons sans abîmer arbres ni fruits. Sur les dahlias ou les clématites, en revanche, ils grignotent pétales et jeunes feuilles ; le même pot sert alors à les déplacer.

L'hôtel à insectes en question

L'hôtel à insectes est devenu l'accessoire obligé du jardin écologique. Une étude canadienne invite à le juger avec plus de recul. À Toronto, J. Scott MacIvor et Laurence Packer ont suivi 600 nichoirs pendant trois ans. Les guêpes solitaires indigènes y formaient 37,8 % des occupants et occupaient environ les trois quarts des nichoirs chaque année. Les abeilles indigènes y étaient plus parasitées que les espèces introduites, si bien que les auteurs craignent que ces nichoirs ne deviennent des pièges plutôt que des refuges.

ConstatCe qu'on en tire au jardin
Beaucoup de guêpes solitairesPas un défaut : elles chassent d'autres insectes pour nourrir leurs larves
Parasites concentrésRenouveler les tiges régulièrement, ne pas multiplier les nichoirs serrés
Peu d'auxiliaires des puceronsLes chrysopes hivernent dans la litière de feuilles, selon Cornell
Nichoir vide sans fleursLe placer près d'une source de nectar et de pollen

MacIvor et Packer, « Bee hotels as tools for native pollinator conservation: a premature verdict? », PLoS One, 2015. Le contexte nord-américain diffère : les abeilles « introduites » de l'étude sont des espèces européennes. Déductions pratiques : JardinZone.

Un hôtel peut donc servir, surtout aux abeilles et guêpes solitaires qui nichent dans les tiges creuses, mais il ne remplace ni une haie, ni un tas de feuilles, ni des fleurs. Installé au soleil du matin, abrité de la pluie et du vent, près de fleurs, avec des tiges que l'on renouvelle, il fait un complément utile. Seul, au milieu d'un potager impeccable, il reste souvent décoratif.

Patienter plutôt que traiter

Au printemps, les pucerons se multiplient avant que leurs prédateurs soient assez nombreux. La RHS en tire un conseil simple : si l'on attend un peu, les auxiliaires finissent souvent par faire le travail. Elle recommande de tolérer les pucerons autant que possible, en rappelant qu'il est normal d'en avoir dans un jardin sain et équilibré, et qu'ils nourrissent une grande partie de la faune.

SituationRéponse
Quelques colonies au printempsAttendre et observer l'arrivée des larves de coccinelles et de syrphes
Pucerons gonflés, bruns et immobilesNe rien faire : ce sont des pucerons parasités par de minuscules guêpes
Une jeune pousse envahieÉcraser la colonie entre le pouce et l'index, comme le propose la RHS
Pucerons sous serreLâcher des auxiliaires : larves de syrphes ou de chrysopes, guêpes parasitoïdes
Envie de pulvériser un insecticideÀ éviter : il tue aussi les prédateurs

RHS, « Aphids ».

La RHS déconseille tout pesticide au jardin, en rappelant qu'ils réduisent la biodiversité, y compris les ennemis naturels des ravageurs. Le raisonnement vaut pour les produits d'origine naturelle : un insecticide de contact ne fait pas le tri entre le puceron et la larve de coccinelle posée à côté. Le guide des pucerons détaille les gestes qui les limitent sans nuire aux auxiliaires.

Faut-il acheter des auxiliaires

On trouve en jardinerie des larves de coccinelles ou de chrysopes à lâcher sur les plantes. La méthode marche surtout dans un espace clos, une serre ou une véranda, où les insectes restent sur place. En plein air, les adultes se dispersent : Cornell note que les chrysopes adultes nouvellement écloses s'éloignent largement avant de pondre.

Attention à la coccinelle asiatique. Harmonia axyridis a été introduite en France pour la lutte biologique contre les pucerons. Elle y est aujourd'hui classée « introduite établie envahissante », figure sur la liste des cent espèces envahissantes parmi les plus nuisibles du monde, et s'attaque aux larves des coccinelles locales. Si vous achetez des coccinelles, choisissez la coccinelle à deux points, Adalia bipunctata, une espèce locale.

Statut d'Harmonia axyridis : Observatoire FAUNA, référentiel des espèces. Adalia bipunctata : INRAE, Encyclopédie des pucerons.

Les auxiliaires selon votre climat

ZoneNos conseils
Nord et Nord-EstPrintemps tardif : les auxiliaires sortent tard, gardez des fleurs précoces et tolérez les premiers pucerons quelques semaines.
AtlantiqueHivers doux : les adultes reprennent tôt. Une haie variée et un tas de feuilles suffisent souvent à garder une bonne population.
CentreLaissez monter quelques carottes ou un fenouil en été : leurs ombelles attirent les syrphes.
Sud-OuestSaison longue : prévoyez des floraisons jusqu'en octobre pour nourrir la dernière génération.
MéditerranéeL'été sec raréfie les fleurs : arrosez une bande fleurie ou laissez fleurir les aromatiques.
MontagneSaison courte : les auxiliaires arrivent tard, une serre ou un tunnel peut justifier un lâcher de chrysopes.

Conseils indicatifs JardinZone.

Notre position

Les auxiliaires viennent seuls dans un potager qui fleurit, garde quelques recoins en friche et ne traite pas les pucerons dès le premier jour. Les fleurs nourrissent les adultes, les pucerons tolérés nourrissent les larves, les feuilles mortes et la haie les abritent l'hiver.

Apprenez à reconnaître les larves, c'est le geste le plus rentable. Un hôtel à insectes peut compléter le dispositif, à condition de renouveler ses tiges. Et si vous achetez des coccinelles pour une serre, prenez la coccinelle à deux points, jamais l'asiatique.

Questions fréquentes

Combien de pucerons mange un auxiliaire ?

Une larve de chrysope en mange de 100 à 600 pendant son développement selon l'université Cornell. Une larve de syrphe au dernier stade en mange une cinquantaine en 24 heures dans les essais publiés en 2025. Au jardin, ces chiffres sont plus bas, car les proies sont moins abondantes qu'en laboratoire.

À quoi ressemble une larve de coccinelle ?

À un petit crocodile allongé, gris ardoise à noir, souvent taché d'orange ou de jaune, avec des pattes bien visibles. Elle ne ressemble pas du tout à l'adulte. On la trouve au milieu des colonies de pucerons, qu'elle mange avec appétit.

Les hôtels à insectes servent-ils à quelque chose ?

Ils accueillent surtout des abeilles et des guêpes solitaires. Une étude sur 600 nichoirs à Toronto a montré qu'ils concentrent aussi les parasites. Renouvelez les tiges régulièrement, placez l'hôtel près de fleurs, et gardez une haie et des feuilles mortes : les chrysopes, par exemple, hivernent dans la litière.

Faut-il acheter des coccinelles ?

Seulement pour une serre ou une véranda, où elles restent sur place. En plein air, les adultes se dispersent. Choisissez la coccinelle à deux points, une espèce locale, et jamais la coccinelle asiatique, classée envahissante en France.

Le perce-oreille est-il utile au potager ?

Oui dans les arbres fruitiers, où la RHS note qu'il contrôle bien les pucerons sans abîmer arbres ni fruits. Il grignote en revanche les pétales et les jeunes feuilles de quelques fleurs comme les dahlias. Un pot retourné garni de paille permet de l'attirer ou de le déplacer.

Sources :
  • Cornell University, Biological Control, Chrysoperla carnea, C. rufilabris : biocontrol.entomology.cornell.edu/predators/Chrysoperla.php
  • S. Jiang, H. Li, K. Wu, Evaluation on biocontrol efficacy of Episyrphus balteatus against Aphis craccivora, Myzus persicae and Megoura crassicauda, Insects, 16, 2025
  • B. A. Hatteland, S. Haukeland, S. Roth et al., Spatiotemporal analysis of predation by carabid beetles on nematode infected and uninfected slugs in the field, PLoS One, 8, 2013
  • INRAE, Encyclopédie des pucerons, Adalia bipunctata : encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr
  • J. S. MacIvor, L. Packer, Bee hotels as tools for native pollinator conservation: a premature verdict?, PLoS One, 10(3), 2015
  • Royal Horticultural Society, Earwigs : rhs.org.uk/biodiversity/earwigs
  • Royal Horticultural Society, Aphids : rhs.org.uk/biodiversity/aphids
  • Observatoire FAUNA, référentiel des espèces, Harmonia axyridis : observatoire-fauna.fr