🌍 La permaculture au potager
La permaculture est une méthode pour concevoir un lieu : où placer chaque chose, dans quel ordre, pour quel usage. Elle ne prescrit ni butte, ni forme de planche, ni technique de paillage. Au potager, ses idées les plus utiles sont le zonage autour de la maison, le sol qu'on ne retourne plus, la diversité des cultures et l'eau qu'on retient sur place. La butte en bois enfoui, qu'on lui associe souvent, n'a été validée par aucune étude publiée.

✅ L'essentiel
- Une méthode de conception : trois éthiques et douze principes, aucune technique imposée.
- Le zonage place près de la porte ce qui demande le plus de visites.
- Ne plus retourner la terre, comme le conseille la RHS, et couvrir de 5 cm de matière organique par an.
- La butte en bois enfoui s'affaisse et se reconstruit au bout de cinq à six ans ; aucune étude publiée ne l'a évaluée.
- Ce n'est pas moins de travail au départ : la matière organique et l'aménagement en demandent beaucoup.
Une méthode de conception née en Tasmanie
Le mot a été forgé dans les années 1970 par Bill Mollison, biologiste australien, et son élève David Holmgren, en Tasmanie, et rendu public par leur livre Permaculture One en 1978. Il désignait d'abord une « agriculture permanente », puis il a été élargi à une « culture permanente », pour couvrir aussi la manière d'habiter un lieu et d'y vivre ensemble.
L'ensemble repose sur trois éthiques, prendre soin de la terre, prendre soin des humains, partager équitablement, et sur douze principes formulés par Holmgren. Plusieurs parlent directement au jardinier : observer et interagir, capter et stocker l'énergie, obtenir une production, ne pas produire de déchets, intégrer plutôt que séparer, préférer les solutions petites et lentes, utiliser et valoriser la diversité.
Holmgren le dit sans détour : la permaculture « n'est pas le paysage, ni même le savoir-faire du jardinage biologique », mais une méthode pour concevoir, installer et améliorer ces pratiques. Aucun principe ne dit comment bêcher, pailler ou monter une planche. Avant chaque aménagement, on se demande donc quel problème du terrain il résout.
La butte en bois enfoui à l'épreuve des faits
La butte qu'on voit sur les réseaux, un tas de branches et de bûches recouvert de feuilles, de compost et de terre, porte un nom allemand : Hügelkultur, la culture en monticule. Le terme apparaît en 1962 dans une brochure du jardinier allemand Hermann Andrä, rééditée ensuite avec Hans Beba ; l'Autrichien Sepp Holzer l'a popularisée dans les milieux de la permaculture. Elle ne figure ni dans les éthiques, ni dans les principes.
En 2017, puis en 2022, Linda Chalker-Scott, professeure d'horticulture à l'université de l'État de Washington, a fait le point dans une fiche de vulgarisation. Son constat : « il n'existe aucune étude scientifique publiée » sur la Hügelkultur, seulement quelques travaux d'étudiants. Les auteurs de la brochure eux-mêmes préviennent que la butte, haute d'environ 90 cm au départ, s'affaisse à mesure que le bois se décompose et doit être « reconstruite de zéro » au bout de cinq à six ans. Les herbes la colonisent vite si on ne la paille pas, et cette instabilité déconseille d'y planter des arbres fruitiers, contrairement à ce que recommandait la brochure.
Sur l'eau, rien n'est tranché. Les promoteurs annoncent une butte qui se passe d'arrosage ; une encyclopédie allemande affirme au contraire qu'elle s'égoutte plus vite qu'une planche à plat ; un mémoire d'étudiant américain de 2016 a mesuré près de deux fois plus d'eau dans des échantillons prélevés sur des buttes que sur des planches témoins. Aucun de ces résultats n'a été publié dans une revue. La fiche de l'université de l'Arizona, rédigée pour un climat sec, note que, malgré ce qu'on lit, un arrosage peut rester nécessaire.
Une planche surélevée peut servir si
- Votre terrain reste détrempé une bonne partie de l'année.
- La terre est très mince sur la roche.
- Vous voulez cultiver sans trop vous baisser.
- Vous avez du bois de taille à recycler et acceptez de tout refaire dans cinq ou six ans.
Elle ne sert à rien si
- Votre sol est déjà correctement drainé et profond.
- Vous cherchez surtout à réduire le travail : la construire en demande énormément.
- Vous n'avez pas de source régulière de matière organique pour la recharger.
- Vous voulez y planter des arbres : elle s'affaisse sous eux.
L'alternative proposée par la fiche de Washington est simple : un monticule de terre sans bois, couvert de compost et de broyat, qui ne s'effondre pas. Au potager, la planche permanente à plat, d'environ 1,20 m de large pour atteindre le centre sans marcher dessus, comme le conseille la RHS, reste la forme la plus simple ; elle est décrite dans notre guide pour préparer son potager.
Le zonage autour de la maison
Le zonage organise le terrain selon la fréquence d'usage : ce qu'on visite, soigne ou récolte le plus souvent se place près de la maison, ce qu'on visite rarement s'en éloigne. Le schéma classique compte cinq zones autour de la maison, appelée zone 0. Voici leur contenu dans la description de Mollison, transposé à un jardin familial.
- Zone 1, au pied de la maison
Ce qui demande une attention fréquente : salades, aromatiques, fraisiers et framboisiers, serre et châssis. Si le persil est au fond du jardin, vous n'irez pas le chercher sous la pluie.
- Zone 2, les vivaces et le verger
Les plantes pérennes qui demandent moins de soins : groseilliers, verger, courges ; c'est aussi la place des ruches et du compost.
- Zone 3, les cultures principales
Dans une ferme, les grandes cultures et la production vendue. Au jardin, les légumes qu'on plante puis qu'on laisse jusqu'à la récolte : pommes de terre, poireaux, oignons de garde.
- Zone 4, la zone à demi sauvage
Cueillette, bois de chauffage. Au jardin, une haie libre ou un coin de fruitiers sauvages qu'on entretient à peine.
- Zone 5, la zone sauvage
On n'y intervient pas, on observe. Au jardin, un tas de bois, une friche, un coin d'herbes hautes.
Sur un petit terrain, deux cercles suffisent souvent : un pour le quotidien au pied de la porte, un pour le reste. L'idée ne coûte rien et se vérifie chaque soir d'été : une planche qu'on longe en sortant est arrosée et récoltée à temps, une planche à cinquante mètres l'est moins.
Observer avant de creuser
« Observer et interagir » est le premier des douze principes de Holmgren, et le plus difficile à tenir : passer une saison à regarder avant d'aménager. Quatre observations suffisent, notées dans un carnet.
Où tombe le soleil en juin, et où en octobre ? Le soleil d'automne est bas, et un coin en plein soleil au solstice peut passer à l'ombre d'un mur ou d'une haie à l'automne. Où l'eau stagne-t-elle après un gros orage ? Ce point bas fera une mauvaise planche à carottes, mais un bon emplacement pour une mare. D'où vient le vent dominant ? Une haie peut l'abriter. Où le givre reste-t-il le plus longtemps le matin ? L'air froid descend et s'accumule dans les creux : ces cuvettes gèlent les premières et les dernières, et les cultures fragiles n'y ont pas leur place. Notre guide sur le gel explique comment les repérer.
Si vous emménagez, ne construisez rien de définitif la première année. Cultivez en planches provisoires, notez ce que vous observez, et aménagez la deuxième année : c'est l'application la plus directe du principe des solutions « petites et lentes ».
Le sol vivant et la fin du bêchage
Le changement le plus concret qu'ont popularisé la permaculture et le jardinage biologique, c'est l'abandon du retournement. La RHS le résume ainsi : « les preuves scientifiques montrent que le travail du sol abîme sa structure et perturbe ses processus naturels ». Le bêchage détruit les galeries de drainage creusées par les vers de terre, perturbe les réseaux de champignons et libère le carbone stocké dans le sol. Il remonte aussi en surface des graines d'herbes annuelles, qui germent aussitôt.
Ces réseaux de champignons, les mycorhizes, prolongent les racines de la plupart des légumes et les aident à puiser l'eau et les éléments nutritifs. Le travail du sol les rompt : en brisant les mottes, il rend le réseau de filaments inopérant. Toutes les plantes n'en forment pas : la famille des choux, choux, chou-fleur, colza, n'établit pas cette association.
La méthode de remplacement est simple. Pour convertir une planche, la RHS conseille d'étaler 10 à 15 cm de matière organique sur le sol sans le retourner, puis 5 cm chaque année. Si la terre est tassée, on l'ameublit à la grelinette ou à la fourche-bêche, sans la retourner. Selon la RHS, certaines études suggèrent des rendements plus élevés qu'en sol bêché ; elle prévient aussi que la méthode consomme beaucoup de matière organique, et conseille de pailler en fin d'hiver plutôt qu'en automne, parce que les pluies d'hiver lessivent l'azote. Notre guide de la culture en lasagnes détaille la mise en place sur une pelouse, et celui pour désherber sans produits la suite.
Mélanger les cultures plutôt qu'aligner les rangs
Le principe « utiliser et valoriser la diversité » se traduit au potager par des cultures mêlées, sur plusieurs hauteurs et à des dates décalées : des haricots grimpants au-dessus des salades, des radis semés entre deux rangs de carottes lentes, une courge qui court au pied du maïs, des petits fruits sous un arbre. Sur une même surface, deux espèces cultivées ensemble rapportent en moyenne 22 % de plus que séparées, selon une méta-analyse de 2015 détaillée dans notre guide des associations de plantes.
La diversité gêne aussi certains ravageurs. Des choux entourés de plantes d'une autre famille ont subi plus de 60 % de pucerons cendrés et de mouches du chou en moins qu'en culture pure, à condition d'avoir un rang de l'autre plante entre les rangs de choux, à 50 cm au plus, couvrant au moins la moitié du sol à l'arrivée des ravageurs : les femelles de la mouche, dérangées par les plantes non hôtes, y pondaient moins. Les insectes auxiliaires, eux, trouvent dans les fleurs intercalées le pollen et le nectar dont ils ont besoin.
Retenir l'eau sur place
Appliqué à l'eau, le principe « capter et stocker l'énergie » consiste à ralentir l'eau de pluie, la faire s'infiltrer et la garder. Trois aménagements y contribuent. La récupération d'eau de pluie sur les toitures. Le paillage, qui aide la pluie à pénétrer dans le sol et réduit l'évaporation, selon la RHS, à condition d'atteindre au moins 5 cm, idéalement 7,5 cm. Et, sur un terrain en pente, une noue, fossé peu profond creusé en suivant les courbes de niveau, qui arrête le ruissellement et le fait s'infiltrer.
Un point mérite d'être corrigé, parce qu'on le lit partout : ajouter de la matière organique n'augmente que modestement la réserve d'eau d'un sol. Une méta-analyse de 2018 a mesuré environ 3,5 mm d'eau utilisable en plus sur 30 cm de sol pour un point de carbone organique supplémentaire, moins d'une journée de consommation en été. Le compost améliore la structure et la vie du sol, mais c'est le paillage et la profondeur d'enracinement qui font tenir un potager en été, comme l'explique notre guide du potager sans arrosage.
Le bilan de chaque pratique
| Pratique | Ce que disent les sources | Au potager familial |
|---|---|---|
| Arrêt du bêchage | RHS : structure, galeries de vers et champignons préservés, moins d'herbes annuelles. | À adopter, avec 5 cm de matière organique par an. |
| Paillage | RHS : moins d'évaporation, meilleure infiltration, au moins 5 cm. | À adopter |
| Zonage | Principe de Mollison : placer selon la fréquence des visites. | À adopter, sans coût. |
| Cultures associées | Méta-analyse de 2015 : +22 % de production en moyenne ; moins de ravageurs sur les choux sous conditions. | À adopter, en choisissant les associations. |
| Butte en bois enfoui | Université de l'État de Washington : aucune étude publiée, affaissement, reconstruction au bout de cinq à six ans. | À réserver aux sols détrempés ou très minces. |
| Compost pour retenir l'eau | Méta-analyse de 2018 : environ 3,5 mm de plus sur 30 cm par point de carbone. | Effet modeste sur l'eau, utile pour le reste. |
| Jardin sans travail | RHS : le sol non bêché consomme beaucoup de matière organique. | Promesse fausse |
Le seul chiffrage français de référence, l'étude menée de 2011 à 2015 par l'INRA et AgroParisTech à la ferme du Bec Hellouin, porte sur 1 000 m² de planches maraîchères professionnelles, dont 42 % sous serre : 33 000 € de chiffre d'affaires en 2013 pour 2 006 heures de travail, 57 000 € en 2014 pour 3 026 heures. Ces chiffres valent pour une microferme qui vend sa production, pas pour un potager familial.
Par où commencer
Inutile de tout refaire. Une progression en trois saisons, fidèle au principe des solutions petites et lentes, donne des résultats plus solides qu'un grand chantier de printemps.
Première année : observez, notez le soleil, l'eau, le vent et le givre, et arrêtez de bêcher. Installez des planches permanentes d'environ 1,20 m avec des allées fixes, couvrez le sol, commencez un compost.
Deuxième année : appliquez le zonage, rapprochez les aromatiques et les salades de la maison, installez la récupération d'eau, introduisez des fleurs dans le potager et laissez un coin en friche. Semez des engrais verts sur les planches libérées.
Troisième année : plantez les vivaces, les légumes perpétuels et le verger, qui sont l'investissement long, et commencez à étager les cultures.
Si vous démarrez un premier jardin, notre guide mon premier potager reste le point de départ le plus concret.
Notre position
Prenez de la permaculture ce qui est vérifié et gratuit : ne plus bêcher, couvrir le sol, zoner le jardin, mêler les cultures, garder un coin sauvage. Ces cinq décisions ne demandent ni achat ni chantier.
Laissez de côté ce qui relève du symbole. Une butte en bois n'est pas un certificat de permaculture, et ses promesses n'ont jamais été vérifiées. Devant chaque aménagement, demandez-vous quel problème de votre terrain il résout : c'est la question que pose la permaculture elle-même.
Questions fréquentes
Faut-il faire des buttes pour faire de la permaculture ?
Non. Les trois éthiques et les douze principes de la permaculture ne prescrivent aucune forme de planche. La butte en bois enfoui, ou Hügelkultur, vient d'une brochure allemande de 1962 ; selon l'université de l'État de Washington, aucune étude scientifique publiée ne l'a évaluée, et elle s'affaisse au fil de la décomposition du bois au point de devoir être reconstruite au bout de cinq à six ans.
Qu'est-ce que le zonage en permaculture ?
C'est l'organisation de l'espace selon la fréquence des visites : ce qu'on soigne et récolte tous les jours, aromatiques, salades, fraises, se place près de la maison, en zone 1 ; le verger et le compost en zone 2 ; les cultures principales en zone 3 ; une zone à demi sauvage puis une zone sauvage au fond. Plus un élément demande de visites, plus il doit être près de la porte.
La permaculture demande-t-elle moins de travail ?
Pas au départ. Le sol non retourné supprime le bêchage, mais la RHS rappelle qu'il consomme beaucoup de matière organique : 10 à 15 cm pour convertir une planche, puis 5 cm par an. Au Bec Hellouin, la microferme étudiée par l'INRA et AgroParisTech, le temps de travail sur 1 000 m² est passé de 2 006 heures en 2013 à 3 026 heures en 2014 pour augmenter la production.
Peut-on faire de la permaculture sur un petit terrain ?
Oui : Holmgren la décrit comme un système de conception, applicable à un jardin comme à une ferme. Sur un petit terrain, le zonage se réduit souvent à deux cercles, l'un au pied de la maison pour les aromatiques et les salades, l'autre pour le reste, et la couverture du sol, la récupération d'eau et la diversité des cultures s'appliquent sans changement.
Faut-il arrêter de retourner la terre ?
Dans un potager installé, c'est ce que conseille la RHS : le bêchage détruit les galeries des vers de terre, perturbe les réseaux de champignons et libère le carbone du sol, et il remonte en surface des graines d'herbes qui germent. On ameublit sans retourner si la terre est tassée, et on couvre de 5 cm de matière organique chaque année.
- David Holmgren, About permaculture ; les douze principes de Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability, 2002 : holmgren.com.au
- Bill Mollison et David Holmgren, Permaculture One, Corgi, 1978 ; zones de Mollison d'après Wikipédia, article Permaculture (consulté le 4 novembre 2026)
- Linda Chalker-Scott, Hügelkultur: what is it, and should it be used in home gardens?, Washington State University Extension, FS283E, 2017, révisée en 2022
- University of Arizona Cooperative Extension, Hügelkultur, février 2026
- Royal Horticultural Society, No-dig gardening et Mulch : rhs.org.uk/soil-composts-mulches
- François Léger, Sacha Guégan et al., Maraîchage biologique permaculturel et performance économique, rapport final, INRA et AgroParisTech, 30 novembre 2015
- B. Minasny et A. B. McBratney, Limited effect of organic matter on soil available water capacity, European Journal of Soil Science 69, 2018, p. 39-47
- Arbuscular mycorrhiza, Wikipédia en anglais, sections Tillage et Plants lacking arbuscular mycorrhizae (consulté le 4 novembre 2026)