🌿 Les légumes perpétuels
Une planche qu'on ne ressème pas chaque année et qui donne pourtant à manger du printemps à l'hiver : c'est la promesse des légumes perpétuels. Oseille, rhubarbe, livèche, chou Daubenton, oignon rocambole, crosne ou topinambour s'installent une fois pour plusieurs années. Certains se tiennent sagement, d'autres prennent toute la place. Ce guide suit les fiches de la Royal Horticultural Society et la base Plants For A Future.

✅ L'essentiel
- Une planche fixe, en bordure, hors de la rotation des légumes annuels.
- Diviser les touffes : l'oseille tous les quatre ou cinq ans, la rhubarbe tous les cinq ans.
- Pas de rhubarbe la première année, et plus de récolte après début juillet.
- Topinambour, raifort, menthe repartent du moindre fragment : à part ou en pot.
- Des récoltes en complément, pas des rendements de pomme de terre.
Trois façons de durer
Le mot recouvre des plantes très différentes, et la façon dont chacune dure change la manière de la conduire.
- Les vivaces repartent chaque printemps de la même souche. La RHS décrit l'oseille qui disparaît l'hiver et repousse au printemps pendant de nombreuses années ; la livèche et la rhubarbe font de même. On les divise pour les rajeunir.
- Les plantes qui se multiplient seules se remplacent d'elles-mêmes. L'oignon rocambole porte de petits bulbes au sommet de sa tige ; quand ils deviennent lourds, la tige se couche et ils s'enracinent là où ils tombent. Le chou Daubenton, qui ne donne pas de graines, se multiplie par boutures.
- Les tubercules repartent de ce qu'on n'a pas récolté. Topinambour et crosne en sont l'exemple : un tubercule oublié suffit, ce qui fait leur commodité et leur défaut.
Neuf plantes et ce que chacune donne
| Plante | Ce qu'on récolte | Période | À savoir |
|---|---|---|---|
| Oseille | Jeunes feuilles acidulées | Du départ de la végétation au printemps jusqu'à l'automne | Couper les tiges florales ; diviser tous les 4 ou 5 ans |
| Rhubarbe | Pétioles | Avril ou mai à fin juin, début juillet | Rien la première année ; touffe de 1,5 m de large ou plus |
| Livèche | Jeunes feuilles au goût de céleri | Printemps et été | Hampes florales jusqu'à 2 m ; feuilles amères après la floraison |
| Chou Daubenton | Feuilles et jeunes pousses | Une grande partie de l'année | Ne donne pas de graines : se multiplie par bouture |
| Oignon rocambole | Feuilles au printemps, bulbilles en été | Printemps et fin d'été | Ne pas trop en prélever, pour garder des bulbilles à replanter |
| Poireau perpétuel | Fûts fins et feuilles | Automne à printemps | Se multiplie par les petits bulbes formés à sa base |
| Chénopode bon-Henri | Jeunes feuilles, pousses, boutons floraux | Printemps et début d'été | Une année d'installation ; feuilles âgées dures et amères |
| Crosne du Japon | Petits tubercules | À partir d'octobre | 5 à 7 mois pour former les tubercules ; s'étend par stolons |
| Topinambour | Tubercules | De la fin de l'automne à la fin de l'hiver | Tiges jusqu'à 3 m ; repart de chaque morceau laissé en terre |
RHS, fiches Sorrel, Rhubarb, Lovage, Jerusalem artichokes ; Plants For A Future (PFAF) pour l'oignon rocambole, le poireau perpétuel, le bon-Henri et le crosne ; pépiniéristes pour le chou Daubenton.
Les plantes à feuilles
L'oseille est la plus simple. La RHS conseille de cueillir les jeunes feuilles du printemps à l'automne : la cueillette régulière en fait repousser de tendres. Coupez les tiges florales dès qu'elles montent, pour garder la production de feuilles et éviter qu'elle ne se ressème partout. Les touffes se divisent tous les quatre ou cinq ans, au printemps ou à l'automne.
La livèche est une grande plante au goût de céleri : ses hampes florales atteignent 2 m en été et la touffe s'élargit jusqu'à 1 m en quelques années. Mettez-la au fond de la planche. La RHS conseille de cueillir les jeunes feuilles régulièrement au printemps et en été, et d'arrêter quand la plante fleurit, car elles deviennent amères ; supprimer la hampe florale prolonge la récolte.
Le chou Daubenton est un chou vivace qui fleurit très rarement et ne donne pas de graines. On le multiplie en bouturant une tige d'une dizaine de centimètres au printemps ou en été. Ses branches qui touchent le sol peuvent aussi s'y enraciner.
Le chénopode bon-Henri se mange comme un épinard. Selon PFAF, on consomme ses jeunes feuilles, ses pousses de 12 cm coupées sous la terre comme des asperges, et ses boutons floraux. Les feuilles sont meilleures au printemps et au début de l'été, avant de durcir. Il lui faut une année pour s'installer, et il se ressème seul.
La rhubarbe demande de la patience
Plantez les griffes à racines nues de novembre à mars, à 75 à 90 cm les unes des autres, en plein soleil ou à l'ombre légère, mais pas dans un coin exposé aux gelées tardives. La RHS insiste : aucune récolte la première année, qui affaiblirait la plante, et seulement quelques tiges l'année suivante. Ensuite, récoltez à partir d'avril ou de mai et arrêtez fin juin ou début juillet, pour laisser la touffe refaire ses réserves.
Chaque printemps, étalez autour un paillis de compost bien décomposé d'environ 7 cm, sans recouvrir le collet, qui pourrirait. La rhubarbe est rustique et n'a besoin d'aucune protection l'hiver : la RHS précise même que le froid est nécessaire pour déclencher sa repousse au printemps. Les touffes établies se divisent tous les cinq ans environ, à la fin de l'automne ou en hiver.
- Novembre à mars
Plantation des griffes et division des touffes de rhubarbe établies.
- Printemps
Paillis de compost autour de la rhubarbe. Premières feuilles d'oseille, de livèche et de bon-Henri ; division de l'oseille et de la livèche.
- Avril à début juillet
Récolte de la rhubarbe, à partir de la deuxième année.
- Été
Suppression des tiges florales de l'oseille et de la livèche ; bulbilles d'oignon rocambole en fin d'été ; boutures de chou Daubenton.
- Octobre à mars
Récolte des crosnes et des topinambours au fil des besoins, laissés en terre entre deux récoltes.
Les oignons qui se replantent seuls
L'oignon rocambole, aussi appelé oignon d'Égypte, ne donne presque jamais de graines, note PFAF : sa tête florale est faite de petits oignons. On mange ses feuilles au printemps et ses bulbilles l'été. Ne les récoltez pas toutes, sans quoi la plante ne se renouvelle plus. Les bulbilles bien séchées se conservent ; on les replante aussitôt en fin d'été, ou à la fin de l'hiver.
Le poireau perpétuel se rattache au poireau sauvage. PFAF indique que la forme dite poireau de Babington produit beaucoup de bulbilles et presque pas de fleurs. On le multiplie en divisant les petits bulbes formés à la base de la plante pendant son repos, ou en plantant les bulbilles dès qu'elles sont mûres, en fin d'été.
Les tubercules qui reviennent seuls
Le topinambour se récolte de la fin de l'automne à la fin de l'hiver, au fil des besoins. La RHS conseille de le laisser en terre jusqu'à la récolte, car ses tubercules se conservent mal à l'intérieur. Les tubercules oubliés repartent au printemps et donnent une nouvelle récolte à la fin de l'automne. Ses tiges peuvent atteindre 3 m ; la variété Dwarf Sunray reste à 1,20 à 1,50 m.
Le crosne du Japon se plante en mars et se récolte à partir d'octobre, selon PFAF, qui compte cinq à sept mois pour former les tubercules et environ 1 kg par m². Très rustiques, ils restent en terre l'hiver jusqu'à la récolte. Ils noircissent vite à l'air : récoltez-les au moment de les cuisiner.
Les plantes à contenir
Une plante qui repart seule chaque année repart aussi là où on ne la veut plus. Quatre d'entre elles demandent des précautions dès la plantation.
La RHS prévient que de nouveaux plants poussent à partir de chaque tubercule laissé en terre, et qu'en sol léger les tubercules descendent profond et s'étendent loin. Installez-le en bordure, loin des autres cultures qu'il ombragerait, et récoltez jusqu'au dernier morceau si vous voulez vous en débarrasser.
La RHS déconseille de le planter en pleine terre : ses racines descendent profond, s'étendent, et repartent du moindre morceau. Cultivez-le dans un pot d'au moins 30 cm de large et de profondeur, ce qui facilite aussi la récolte.
Ses tiges souterraines s'étendent vite et repartent de petits fragments. La RHS conseille un pot ; pour la garder dans une planche, plantez-la dans un contenant sans fond ou largement percé, enterré avec le bord un peu au-dessus du sol pour que les tiges ne s'enracinent pas par-dessus.
PFAF le décrit comme une plante qui s'étend sans fin par ses stolons, et juge presque impossible de retrouver tous les tubercules à la récolte : il en reste toujours pour repartir l'année suivante.
À l'inverse, l'oseille, la livèche, la rhubarbe et le chou Daubenton restent en place. Il suffit de couper les tiges florales de l'oseille et de la livèche pour éviter qu'elles ne se ressèment.
Choisir la planche une bonne fois
Les légumes perpétuels sortent de la rotation : ils occupent la même place pendant des années. Choisissez un endroit en bordure ou au fond du potager, pour ne pas gêner le travail des planches annuelles, et proche de la maison si vous y cueillez souvent de petites quantités. Mettez au fond les grandes plantes, livèche et rhubarbe, et devant les basses que l'on cueille sans marcher dans la planche.
Ce qu'ils apportent
- Des récoltes sans semis ni repiquage chaque année.
- Une planche couverte presque toute l'année.
- Des légumes qu'on ne trouve guère dans le commerce.
- Des éclats et des bulbilles à donner.
Ce qu'ils ne remplacent pas
- Les rendements d'un rang de pommes de terre ou de haricots.
- Les légumes-fruits d'été, comme la tomate, cultivés en annuelles.
- La souplesse d'une planche que l'on change de culture chaque année.
Le chou Daubenton, l'oignon rocambole, le poireau perpétuel et le crosne ne se sèment pas, ou presque : ils s'échangent en boutures, bulbilles et tubercules. Les bourses aux plantes, les trocs entre jardiniers et les pépinières spécialisées en vivaces potagères sont les sources habituelles.
Selon votre zone
Rhubarbe, oseille, livèche, topinambour et crosne sont des plantes rustiques. La rhubarbe a besoin de froid l'hiver pour repartir, selon la RHS : dans les zones aux hivers doux et aux étés secs, comme la Méditerranée, elle risque de moins bien repartir ; installez-la à l'ombre légère, qu'elle tolère, et arrosez-la l'été. En zone Montagne et dans le Nord, évitez pour la rhubarbe les coins où stagnent les gelées tardives. Partout, un sol qui reste détrempé l'hiver ne convient pas aux touffes vivaces : choisissez une planche bien drainée. Pour connaître votre zone, utilisez trouver ma zone.
Notre position
Commencez par trois plantes faciles : une touffe d'oseille, quelques boutures de chou Daubenton et une poignée de bulbilles d'oignon rocambole. Ajoutez la rhubarbe si vous avez la place pour une touffe d'un mètre et demi et la patience d'attendre la deuxième année.
Mettez le topinambour, le crosne, le raifort et la menthe à part, en bordure ou en pot, dès le premier jour. Les déloger une fois installés coûte bien plus d'efforts que de les contenir.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un légume perpétuel ?
Une plante potagère qu'on installe une fois et qui produit plusieurs années sans être ressemée. Certaines sont des vivaces qui repartent chaque printemps de la même souche, comme l'oseille, la rhubarbe ou la livèche. D'autres se multiplient seules, comme l'oignon rocambole avec ses bulbilles. D'autres encore repartent des tubercules laissés en terre, comme le topinambour et le crosne.
Quand récolter la rhubarbe ?
Pas la première année : la RHS demande de laisser la plante s'installer, puis de ne cueillir que quelques tiges l'année suivante. Ensuite, la récolte commence en avril ou en mai et s'arrête fin juin ou début juillet, pour ne pas affaiblir la touffe. Divisez les touffes établies tous les cinq ans environ, à la fin de l'automne ou en hiver.
Le topinambour est-il envahissant ?
Il repart de tout tubercule oublié. La RHS prévient que de nouveaux plants poussent à partir de chaque morceau laissé en terre, et qu'en sol léger les tubercules peuvent descendre profond et s'étendre loin. Les tiges peuvent atteindre 3 m. Donnez-lui une place à part, en bordure, et récoltez-le jusqu'au dernier tubercule si vous ne voulez plus le voir.
Faut-il diviser les légumes perpétuels ?
Oui, pour les touffes. La RHS conseille de diviser l'oseille tous les quatre ou cinq ans, au printemps ou à l'automne, et la rhubarbe tous les cinq ans environ, à la fin de l'automne ou en hiver ; la livèche se divise au printemps. On sépare la touffe en éclats munis de racines et de bourgeons, et l'on replante les plus vigoureux.
Comment empêcher la menthe et le raifort d'envahir le potager ?
En les cultivant en pot. La RHS déconseille de planter le raifort en pleine terre, où ses racines descendent profond et repartent du moindre fragment ; elle conseille un pot d'au moins 30 cm de large et de profondeur. Pour la menthe, elle propose un contenant sans fond ou largement percé, enterré dans la planche avec le bord un peu au-dessus du sol.
- Royal Horticultural Society, fiches Rhubarb, Jerusalem artichokes, Horseradish (grow your own) : rhs.org.uk/vegetables
- Royal Horticultural Society, fiches Sorrel, Lovage, Mint (grow your own) : rhs.org.uk/herbs
- Plants For A Future (PFAF), fiches Allium cepa proliferum, Allium ampeloprasum, Chenopodium bonus-henricus, Stachys affinis : pfaf.org
- Vermont Public, All Things Gardening, Harvest endless vegetables by planting perennial onions, greens and more, 19 janvier 2025
- Pour le chou Daubenton : fiches de pépiniéristes (Jardiner Malin, Promesse de fleurs)