🥔 Le doryphore de la pomme de terre
Le doryphore est de retour dans les champs de pommes de terre du nord de la France, et les jardins n'y échappent pas. Ses larves peuvent raser un rang en quelques jours, et le jardinier n'a plus de produit sur lequel compter. Restent l'œil et les doigts : repérer les œufs orangés sous les feuilles, ramasser au bon moment, priver l'insecte de ses relais. Ce guide suit la fiche de la FREDON Hauts-de-France, celle de l'INRAE (Ephytia) et celle de l'université Cornell.

✅ L'essentiel
- Retournez les feuilles : les œufs, jaunes puis orange, sont pondus dessous en amas de 10 à 50.
- Ramassez et écrasez adultes, larves et pontes, en visant les jeunes larves.
- Plus de Bt tenebrionis pour les jardiniers : le Novodor n'est plus utilisé depuis 2019.
- Supprimez les relais : repousses de pommes de terre et morelles des bordures.
- La floraison est le moment sensible : c'est là que la perte de feuillage coûte des tubercules.
Reconnaître l'adulte et la larve et les œufs
L'adulte mesure environ 10 mm de long pour 7 mm de large. Son corps est arrondi, sa tête orange, et ses élytres jaune crème portent dix rayures noires, cinq de chaque côté. La larve passe par quatre stades : rouge orangé, le dos bombé, avec deux rangées de taches noires sur les flancs de l'abdomen. Le plus utile à reconnaître reste la ponte. Les œufs, allongés, longs d'environ 1,5 mm, sont collés en amas de 10 à 50 sous les feuilles. Ils sont jaunes à la ponte et deviennent orange quand ils vont éclore.
La coccinelle à sept points pond elle aussi des amas d'œufs sur le feuillage des pommes de terre, de même taille et de même forme. La FREDON Hauts-de-France donne le critère : les œufs de coccinelle sont jaune citron, ceux du doryphore jaunes puis orange. Dans le doute, revenez deux jours plus tard : une ponte de doryphore aura viré à l'orange.
FREDON Hauts-de-France, fiche 2021/37. L'université Cornell donne de 300 à 800 œufs par femelle et des amas de 20 à 30 œufs.
Le cycle suit la température
Les adultes passent l'hiver dans le sol, dans la parcelle de pommes de terre ou tout près, entre 20 et 30 cm de profondeur selon l'INRAE, jusqu'à 40 cm selon la FREDON. Ils sortent au printemps quand le sol atteint au moins 10 °C, et pas tous en même temps : la sortie s'étale sur plusieurs semaines. Ils rejoignent les plants surtout en marchant. La FREDON précise qu'ils ne peuvent pas voler tant qu'ils ne se sont pas nourris et que l'air reste sous 18 °C.
Une génération dure en moyenne cinq à six semaines. Selon l'INRAE, le cycle prend un mois dans un été chaud, deux à trois mois sinon, et l'on compte d'une à quatre générations par an selon le climat. La FREDON en compte deux dans les Hauts-de-France. Le développement est le plus rapide entre 25 et 33 °C.
- Sortie d'hiver
Les adultes sortent du sol quand il dépasse 10 °C, se nourrissent, s'accouplent, puis les femelles pondent sous les feuilles.
- 4 à 10 jours après la ponte
Éclosion des larves, possible dès que l'air dépasse 12 °C, selon la FREDON. Les délais viennent de l'université Cornell.
- 2 à 4 semaines
Croissance des larves en quatre stades. Le dernier fait le plus de dégâts ; les jeunes larves de 2 à 6 mm sont les plus faciles à atteindre.
- 8 à 15 jours
Les larves descendent se transformer en nymphes dans le sol, puis les nouveaux adultes sortent.
- Fin d'été
Les adultes de la dernière génération se nourrissent, puis s'enfouissent pour l'hiver.
Comme la sortie d'hiver s'étale et qu'un adulte vit environ un mois, on trouve souvent en même temps sur un même plant des adultes, des œufs et des larves de tous âges.
La floraison est le moment qui compte
Toute perte de feuillage ne se paie pas de la même façon. Pour la FREDON Hauts-de-France, la floraison est la période sensible de la pomme de terre : c'est la défoliation à ce moment-là qui fait perdre du rendement. Ses deux chiffres clés parlent d'eux-mêmes : une défoliation totale à la floraison réduit la production de tubercules de 60 %, en taille et en nombre.
Concentrez donc votre surveillance sur les semaines qui précèdent et accompagnent la floraison. À cette période, l'université Cornell considère qu'il faut agir à partir d'un à un et demi grosses larves par plant, ou de quatre petites. En France, la FREDON retient la présence d'au moins deux foyers d'une vingtaine de larves chacun, ou de nombreux adultes et larves dispersés.
Ramasser à la main reste la méthode du jardin
Sur quelques rangs, le ramassage suffit souvent. L'université Rutgers le juge efficace, à condition de ramasser les adultes et les larves et d'écraser les pontes. Elle met en garde contre un réflexe courant : faire tomber les insectes au sol ne sert à rien, adultes et larves remontent sur le plant s'ils ne sont pas détruits.
- Au printemps, inspectez les plants dès la levée, en commençant par le côté de l'ancienne parcelle de pommes de terre, d'où arrivent les adultes qui ont hiverné.
- Retournez les feuilles deux fois par semaine pour trouver les pontes, et écrasez-les.
- Visez les jeunes larves : la FREDON rappelle que celles de 2 à 6 mm bougent peu et sont les plus vulnérables.
- Tenez un seau sous le plant avant de secouer ou de cueillir, et détruisez ce qu'il contient au lieu de le jeter plus loin.
L'université Rutgers note qu'un épais paillage de paille autour des plants peut gêner les déplacements des premiers adultes et retarder leurs repas et leurs pontes. La FREDON le juge intéressant : le sol plus frais perturberait les adultes, la paille gênerait les larves qui cherchent à s'enterrer, et elle pourrait attirer davantage de prédateurs. Notre guide du paillage détaille la mise en place.
Priver le doryphore de ses relais
Plusieurs gestes réduisent le nombre d'adultes qui sortent au printemps près de vos plants. La FREDON les liste pour les champs, et ils se transposent au jardin.
- Tourner les cultures. La FREDON demande quatre ans entre deux pommes de terre sur une même parcelle ; au potager, appliquez la même rotation à toutes les solanacées, tomates et aubergines comprises.
- Arracher les repousses. Les tubercules oubliés repoussent l'année suivante et nourrissent les premiers adultes. L'INRAE conseille de les détruire en sortie d'hiver.
- Désherber les bordures. Morelle noire, morelle douce-amère et datura hébergent le doryphore entre deux cultures.
- Éloigner l'aubergine des pommes de terre de l'année et de l'an passé, comme le conseille l'INRAE.
- Récolter dès la maturité. L'université Cornell conseille de détruire les fanes dès que la récolte est mûre, pour priver de nourriture les adultes de la dernière génération, qui doivent se nourrir avant l'hiver. Une variété précoce arrachée tôt en profite le plus.
La distance compte aussi, mais à une autre échelle que celle du jardin : l'université Cornell conseille d'installer la nouvelle culture à 400 à 800 m des pommes de terre de l'an passé, puisque les adultes viennent surtout à pied. Au potager, changer de planche ne suffit pas à les semer, d'où l'importance du ramassage.
Les plantes attaquées
Le doryphore se nourrit de plantes de la famille des solanacées. L'université Rutgers place la pomme de terre en tête, suivie de près par l'aubergine et la tomate ; adultes et larves mangent aussi le poivron et diverses plantes sauvages. L'aubergine, avec ses quelques pieds isolés, demande la même surveillance que la pomme de terre.
À surveiller
- Pomme de terre, l'hôte principal.
- Aubergine et tomate.
- Poivron, attaqué à l'occasion.
- Morelle noire, morelle douce-amère, datura.
Hors de cause
- Courges, courgettes et concombres.
- Haricots, pois et fèves.
- Choux, salades, carottes, oignons et poireaux.
- Les aromatiques.
Le Bt tenebrionis n'est plus une solution
Le Bacillus thuringiensis est une bactérie dont chaque souche agit sur un groupe d'insectes. La souche kurstaki, vendue contre les chenilles comme celles de la piéride du chou, n'a aucun effet sur un coléoptère. La souche tenebrionis agissait, elle, sur les jeunes larves de doryphore.
Mais la FREDON Hauts-de-France le rappelait en 2025 : la fin de l'utilisation du Novodor après la campagne 2019 a retiré cette souche des produits de biocontrôle contre le doryphore. En 2025, le ministère de l'Agriculture lui a accordé une autorisation de dérogation pour 120 jours, du 30 avril au 28 août, à la demande de l'Institut de l'agriculture et de l'alimentation biologiques, pour les pommes de terre et les aubergines cultivées en bio. Pour un jardinier, il n'y a donc pas de Bt contre le doryphore sur lequel compter d'une année sur l'autre.
La recherche avance sur d'autres pistes. Dans les essais au champ de la FREDON, deux applications à cinq jours d'intervalle du nématode Steinernema carpocapsae ont réduit les larves de 34 à 55 %, et le champignon Beauveria bassiana jusqu'à 60 % après une seconde application, surtout sur les jeunes larves et par temps humide. La FREDON précise que ces résultats ne valent pas encore recommandation.
Les répulsifs et les auxiliaires ne suffisent pas
En cinq ans d'essais au champ, la FREDON a testé des substances répulsives : soufre, huiles essentielles d'ail ou d'orange, macérations de plantes. Leur efficacité est restée moyenne et n'a que rarement dépassé 15 %. En cage, les huiles essentielles de houblon et de sauge ont eu un effet répulsif sur les adultes, celle de tanaisie non ; sur les larves, des décoctions de géranium zonal et l'huile essentielle de cataire les ont détournées du feuillage. Ces essais en conditions contrôlées ne se transposent pas encore au jardin.
Côté prédateurs, le doryphore a laissé ses ennemis naturels en Amérique en arrivant en Europe ; il a été observé pour la première fois en France en 1922. Les essais de la FREDON montrent que la coccinelle asiatique Harmonia axyridis a dévoré tous les œufs qu'on lui a donnés en moins de 45 heures, quand la coccinelle à sept points n'en a mangé que peu. Une larve de chrysope a éliminé en moyenne 8,8 jeunes larves de premier stade en 48 heures. Un jardin qui accueille les insectes auxiliaires en profite, mais ces prédateurs ne remplacent pas le ramassage.
Selon votre zone
Le doryphore se développe d'autant plus vite qu'il fait chaud : l'INRAE compte d'une à quatre générations par an en France selon le climat, la FREDON deux dans les Hauts-de-France. Dans le Sud-Ouest et en Méditerranée, les étés chauds raccourcissent le cycle et multiplient les générations : une variété précoce récoltée tôt y prend tout son intérêt. En montagne et dans le Nord, la saison plus courte limite le nombre de générations, sans dispenser de surveiller la première. Partout, la surveillance commence dès que les premières feuilles sortent de terre. Pour connaître votre zone, utilisez trouver ma zone.
Notre position
Au jardin, le doryphore se combat à la main. Inspectez les plants dès la levée, deux fois par semaine, en retournant les feuilles pour écraser les pontes et ramasser les jeunes larves, et redoublez d'attention autour de la floraison.
Ajoutez une rotation de toutes les solanacées, la chasse aux repousses et aux morelles, un paillage de paille entre les rangs et une variété précoce si votre jardin est très touché. N'achetez pas de Bt pour le doryphore : la souche kurstaki n'y fait rien, et la souche tenebrionis n'est plus un produit sur lequel compter.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un doryphore et ses œufs ?
L'adulte mesure environ 10 mm, il est arrondi, avec dix rayures noires sur des élytres jaune crème. La larve est rouge orangé, le dos bombé, avec deux rangées de taches noires sur les flancs. Les œufs, allongés et longs d'environ 1,5 mm, sont pondus en amas de 10 à 50 sous les feuilles : jaunes à la ponte, ils deviennent orange avant l'éclosion. Ne les confondez pas avec ceux de la coccinelle à sept points, jaune citron.
Le doryphore attaque-t-il d'autres plantes que la pomme de terre ?
Oui, d'autres solanacées. La FREDON Hauts-de-France cite l'aubergine et la tomate parmi les cultures, et la morelle noire, la morelle douce-amère et le datura parmi les plantes sauvages. L'université Rutgers place la pomme de terre en tête de ses préférences, suivie de près par l'aubergine et la tomate, et ajoute le poivron. Les morelles des bordures lui servent de relais entre deux cultures.
Le Bacillus thuringiensis est-il efficace contre le doryphore ?
La souche tenebrionis agissait sur les jeunes larves, mais le jardinier ne peut plus compter dessus. Selon la FREDON Hauts-de-France, la fin de l'utilisation du Novodor après la campagne 2019 l'a retirée des produits de biocontrôle contre le doryphore ; en 2025, il n'a obtenu qu'une dérogation de 120 jours, demandée par l'ITAB pour les cultures bio. La souche kurstaki, vendue contre les chenilles, n'agit pas sur ce coléoptère.
La rotation suffit-elle contre le doryphore ?
Elle aide, mais dans un jardin elle ne suffit pas seule. Les adultes hivernent dans le sol, dans la parcelle ou tout près, et rejoignent les plants en marchant au printemps. L'université Cornell conseille d'éloigner la nouvelle culture de 400 à 800 m des pommes de terre de l'an passé, une distance hors de portée d'un potager. Changez quand même de planche, éliminez les repousses et les morelles, et comptez surtout sur le ramassage.
Les plantes répulsives éloignent-elles le doryphore ?
Pas assez pour protéger une récolte. En cinq ans d'essais au champ, la FREDON Hauts-de-France a vu les substances répulsives dépasser rarement 15 % d'efficacité. En cage, les huiles essentielles de houblon et de sauge ont eu un effet répulsif, celle de tanaisie non, et la FREDON précise que ces résultats ne valent pas recommandation. Le ramassage reste la méthode à privilégier au jardin.
- FREDON Hauts-de-France, Le doryphore : un ravageur de la pomme de terre en recrudescence, fiche 2021/37, octobre 2021
- FREDON Hauts-de-France, Doryphores : recherche de solutions agroécologiques, La Pomme de terre française n° 658, mars-avril 2025
- INRAE, Ephytia, Aubergine : doryphores (Leptinotarsa decemlineata) : ephytia.inrae.fr
- Ministère de l'Agriculture, décision d'autorisation de mise sur le marché du NOVODOR (AMM 9800280) au titre de l'article 53, du 30 avril au 28 août 2025
- Cornell University, Integrated Pest Management, Colorado potato beetle, fiche mise à jour en avril 2025
- Rutgers University, Fact sheet FS224, Colorado potato beetle, juillet 2025