JardinZone

🌧️ Récupérer l'eau de pluie

Le toit d'un petit abri de jardin recueille de 2 500 à 3 500 litres de pluie par an dans le sud-est de l'Angleterre, l'une des régions les plus sèches du pays, selon la RHS. Une maison en recueille bien davantage. Le problème est ailleurs : l'essentiel de la pluie tombe en hiver, quand le potager n'en a pas besoin, et il faut la stocker pour l'été. Voici comment estimer ce que donne votre toit, dimensionner la cuve selon votre potager, l'installer, l'utiliser sans risque pour les semis ni pour le voisinage, et ce que permet la réglementation entrée en vigueur en 2024.

Deux fûts bleus sous des descentes de gouttière contre des cabanes colorées, celui de gauche laissé sans couvercle
Photo : JLPC / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0). Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Marennes_17_Bidons_eaux_pluviales_La_Cayenne_2014.jpg

✅ L'essentiel

  • 1 mm de pluie sur 1 m² de toit donne 1 litre, moins les pertes : un toit de 50 m² sous 700 mm de pluie par an reçoit 35 000 litres.
  • Dimensionnez sur l'été : un potager de 20 m² consomme de l'ordre de 6 000 litres en juillet et août par temps chaud.
  • Pas d'eau de cuve sur les semis : la RHS la réserve aux plantes installées, car elle peut transmettre la fonte des semis.
  • Couvercle hermétique ou moustiquaire, et contrôle chaque semaine : les agences régionales de santé le demandent contre le moustique tigre.
  • L'arrosage du potager à l'eau de pluie est autorisé par le décret du 12 juillet 2024 ; les usages dans la maison sont encadrés.

Combien d'eau donne un toit

Le calcul de base tient à une équivalence : un millimètre de pluie, c'est un litre d'eau par mètre carré. Un toit reçoit donc chaque année autant de litres par m² que la station voisine enregistre de millimètres. Une partie se perd, par évaporation sur les tuiles, par les débordements de gouttière lors des averses violentes et par le trop-plein d'une cuve déjà pleine : la quantité stockée est toujours inférieure.

Surface de toit500 mm de pluie par an800 mm par an1 000 mm par an
Abri de jardin, 6 m²3 000 L4 800 L6 000 L
Garage, 20 m²10 000 L16 000 L20 000 L
Maison, 50 m² au sol25 000 L40 000 L50 000 L
Grande maison, 100 m²50 000 L80 000 L100 000 L

Calcul JardinZone : surface au sol du toit × hauteur de pluie annuelle, avant pertes. Ordre de grandeur de la RHS pour un abri de jardin : 2 500 à 3 500 L par an dans le sud-est de l'Angleterre.

C'est la surface du toit vue d'en haut qui compte, pas la surface des pentes : un toit en pente ne reçoit pas plus de pluie qu'une dalle de même emprise. Pour connaître la pluviométrie de votre commune, consultez les normales de la station Météo-France la plus proche ; l'écart entre une côte atlantique arrosée et l'arrière-pays méditerranéen se compte en centaines de millimètres, et surtout dans leur répartition au fil de l'année.

Dimensionner la cuve selon le potager

Le toit donne plus d'eau qu'il n'en faut sur l'année ; la difficulté est de la garder jusqu'à l'été. La RHS le souligne : l'essentiel de la pluie tombe en hiver et doit être stocké pour la saison chaude. La bonne question devient donc : combien d'eau le potager consomme-t-il pendant les semaines sans pluie ?

PotagerBesoin par semaine chaudeBesoin sur juillet et août
Carré de 4 m²Environ 140 LEnviron 1 200 L
Potager de 10 m²Environ 350 LEnviron 3 000 L
Potager de 20 m²Environ 700 LEnviron 6 000 L
Potager de 50 m²Environ 1 750 LEnviron 15 000 L

Calcul JardinZone à 5 mm d'eau perdus par jour, une semaine chaude en climat tempéré selon les ordres de grandeur de la FAO repris dans le guide de l'arrosage. Besoin brut, à diminuer des pluies d'été et du gain apporté par un paillis.

Prenons un exemple. Une maison de 80 m² au sol, dans une commune qui reçoit 700 mm de pluie par an, intercepte environ 56 000 litres, avant pertes. Son potager de 20 m² demande 6 000 litres en juillet et août s'il ne pleut pas. Le toit fournit donc largement l'eau nécessaire ; ce qui manque, c'est la place pour la stocker. Même une réserve de 3 000 litres, remplie au printemps et complétée par les orages d'été, couvre la moitié de ces deux mois, et l'essentiel si les planches sont paillées. À l'inverse, multiplier les récupérateurs sur toutes les descentes n'apporte rien si chacun ne contient que 200 litres.

Ces chiffres montrent qu'une cuve de 300 litres, le format le plus vendu, couvre deux à trois jours d'arrosage d'un potager de 20 m² en plein été. Elle reste utile pour les plants en pot, les semis repiqués et les apports ciblés au pied des tomates, mais elle ne remplace pas une réserve. Pour viser l'autonomie sur un potager moyen, il faut compter plusieurs milliers de litres, ce qui suppose une cuve enterrée ou plusieurs cuves reliées. Un paillis, qui divise par deux l'évaporation d'un sol entièrement couvert selon la FAO, et des arrosages au pied, détaillés dans le guide bien arroser son potager, font durer la réserve.

Installer un récupérateur

La RHS liste les éléments d'une installation simple : une gouttière avec sa descente, un filtre contre les feuilles, un support stable, un couvercle bien ajusté et, si besoin, un raccord pour relier plusieurs cuves.

  1. Choisissez une descente proche du potager, sur une partie de toit propre, loin des arbres qui chargent la gouttière de feuilles.
  2. Posez un collecteur filtrant sur la descente : il dérive l'eau vers la cuve, retient les débris et renvoie l'eau vers le réseau quand la cuve est pleine.
  3. Placez la cuve sur un support stable et de niveau, ou sur des briques, pour glisser un arrosoir sous le robinet, comme le conseille la RHS.
  4. Fermez avec un couvercle hermétique, contre les algues, les spores de maladies et les moustiques.
  5. Reliez plusieurs cuves par le bas avec un kit de raccordement pour augmenter la réserve sans changer d'installation.

RHS, « Collecting, storing and reusing water ».

Une cuve pleine pèse lourd : 300 litres font 300 kg, une cuve de 1 000 litres une tonne. Le support doit donc être prévu pour, sur un sol dur et plat. Dirigez enfin le trop-plein vers le réseau pluvial ou une zone qui absorbe l'eau, loin des fondations.

Cuve aérienne ou cuve enterrée

Le choix dépend surtout du volume visé. Au-delà de quelques centaines de litres, l'encombrement, le poids et la façon de puiser l'eau changent la nature de l'installation.

SolutionVolume courantAvantagesContraintes
Récupérateur mural ou fût200 à 500 LSimple et bon marché, posé en une heureAppoint seulement en été
Plusieurs cuves reliées500 à 2 000 LRéserve qui grandit au fil des annéesPlace au sol, supports solides
Grande cuve aérienne1 000 à 3 000 LGros volume sans terrassementUne tonne par mètre cube, encombrement, à protéger du soleil pour limiter les algues
Cuve enterrée3 000 L et plusEau fraîche et à l'abri de la lumière, invisibleTerrassement, pompe obligatoire, coût

Volumes et contraintes : repères JardinZone. Poids : un litre d'eau pèse un kilogramme.

Pour l'arrosage, la hauteur de la cuve compte aussi. Posée sur des briques, elle remplit un arrosoir par gravité, mais chaque mètre de hauteur ne donne qu'environ 0,1 bar de pression : trop peu pour la plupart des programmateurs et des goutteurs prévus pour l'eau du réseau. Avec une cuve, choisissez un goutte-à-goutte conçu pour fonctionner par gravité, ou ajoutez une petite pompe. L'arrosoir reste le moyen le plus économe : la RHS note qu'il permet de voir exactement la quantité apportée.

Eau de cuve et semis

L'eau de pluie convient très bien aux plantes installées : elle est douce et la RHS conseille d'ailleurs de ne recourir à l'eau du réseau qu'en dernier recours. Il y a une exception, souvent ignorée : les semis.

Eau de cuve

  • Légumes et fleurs installés en pleine terre
  • Plantes en pot bien enracinées
  • Plantes qui craignent le calcaire
  • Arrosage au pied plutôt que sur les feuilles des légumes consommés crus

Eau du réseau de préférence

  • Semis en plaques et en godets
  • Jeunes plantules fragiles
  • Eau trouble ou malodorante d'une cuve mal entretenue

RHS, « Collecting, storing and reusing water » et « Damping off ».

La RHS explique que l'eau stockée peut contenir les organismes responsables de la fonte des semis. Pour les semis en pots et en plaques, elle conseille l'eau du réseau, et, à défaut, une cuve bien couverte pour que feuilles et débris n'y tombent pas. Le guide de la fonte des semis détaille les autres précautions.

Entretenir la cuve et éviter les moustiques

Une cuve d'eau de pluie mal fermée devient vite un gîte à moustiques. Les agences régionales de santé, face à l'extension du moustique tigre, demandent de couvrir les récupérateurs d'un couvercle hermétique ou d'une moustiquaire, et de les vérifier chaque semaine, car les moustiques peuvent parvenir à pondre même sous un couvercle.

  • Chaque semaine, d'avril à novembre

    Vérifier couvercle et moustiquaire, vider les coupelles et les arrosoirs qui traînent, contrôler que les gouttières s'écoulent bien.

  • Après chaque grosse pluie

    Contrôler le filtre du collecteur et le trop-plein.

  • Une fois par an

    Vider et nettoyer la cuve à l'eau tiède avec un détergent doux, comme le conseille la RHS, pour éviter l'accumulation de maladies et les mauvaises odeurs.

  • Avant l'hiver

    Purger robinets et tuyaux exposés au gel ; une cuve aérienne pleine supporte mal un gel prolongé.

ARS Auvergne-Rhône-Alpes, « Moustique tigre : comment s'en débarrasser ? », mis à jour le 28 avril 2026 ; RHS, « Collecting, storing and reusing water ». Conseil d'hiver : JardinZone.

L'ARS rappelle qu'un moustique tigre vit dans un rayon d'environ 150 mètres autour de son lieu de naissance : une cuve ouverte dans votre jardin pique vos voisins comme vous. La photo en haut de cette page montre l'erreur classique, un fût laissé sans couvercle sous la gouttière.

La réglementation de 2024

Depuis le 1er septembre 2024, l'usage domestique des eaux de pluie est encadré par le décret n° 2024-796 et un arrêté du 12 juillet 2024, qui ont remplacé l'arrêté du 21 août 2008. L'arrosage des jardins potagers fait partie des usages prévus pour l'eau de pluie.

UsageCe qu'il faut savoir
Arrosage du potager et du jardinPermis, simple récupérateur sur gouttière
Lavage des surfaces extérieures et des véhiculesPermis
Toilettes, lavage des sols à l'intérieurEncadré : réseau totalement séparé de l'eau potable, canalisations repérées, mention « eau non potable » aux robinets, déclaration selon les cas
Boisson, cuisine, vaisselle, toiletteInterdit : l'eau de pluie n'est pas potable

Décret n° 2024-796 et arrêté du 12 juillet 2024 relatifs aux utilisations d'eaux impropres à la consommation humaine, entrés en vigueur le 1er septembre 2024, présentés par le cabinet Landot et associés.

Pour le potager, aucune démarche n'est donc nécessaire. Dès que l'eau de pluie entre dans la maison, en revanche, l'installation doit être conçue pour qu'aucun retour vers le réseau public ne soit possible : faites-la réaliser par un professionnel. En période de sécheresse, renseignez-vous auprès de votre mairie sur ce que prévoit l'arrêté préfectoral de restriction en vigueur.

La récupération selon votre climat

ZoneNos conseils
Nord et Nord-EstPluies régulières, été modéré : une ou deux cuves aériennes couvrent souvent les besoins d'un petit potager.
AtlantiqueHivers très arrosés : la cuve se remplit vite, le stockage pour juillet et août est la vraie limite.
CentreÉtés parfois secs et orageux : reliez plusieurs cuves pour profiter des gros orages.
Sud-OuestOrages violents : prévoyez un collecteur et un trop-plein qui encaissent les gros débits.
MéditerranéePluie concentrée à l'automne et en hiver, été très sec : seule une grande réserve, souvent enterrée, couvre l'été.
MontagneGel prolongé : purgez cuves et robinets à l'automne, la récupération reprend au dégel.

Conseils indicatifs JardinZone.

Notre position

Un récupérateur de 300 litres est un bon début, mais il couvre deux ou trois jours d'arrosage d'un potager moyen en plein été. Pour compter sur l'eau de pluie, reliez plusieurs cuves ou passez à une réserve de plusieurs milliers de litres, et associez-la à un paillis épais et à des arrosages au pied.

Gardez l'eau du réseau pour les semis, couvrez la cuve d'un couvercle hermétique et vérifiez-la chaque semaine, nettoyez-la une fois par an. Pour le potager, aucune démarche n'est nécessaire.

Questions fréquentes

Combien de litres d'eau récupère-t-on avec un toit ?

Un litre par m² de toit et par millimètre de pluie, avant les pertes. Un toit de 50 m² sous 700 mm par an reçoit 35 000 litres. La RHS estime qu'un petit abri de jardin donne de 2 500 à 3 500 litres par an dans le sud-est de l'Angleterre.

Quelle taille de cuve pour un potager ?

Un potager de 20 m² consomme environ 700 litres par semaine chaude, soit 6 000 litres sur juillet et août sans pluie. Une cuve de 300 litres sert d'appoint ; pour viser l'autonomie, il faut plusieurs milliers de litres, en cuves reliées ou en cuve enterrée.

Peut-on arroser les semis avec l'eau de pluie ?

Mieux vaut l'éviter. La RHS réserve l'eau de cuve aux plantes installées, car elle peut contenir les organismes de la fonte des semis. Pour les semis en plaques et en godets, elle conseille l'eau du réseau.

Comment éviter les moustiques dans un récupérateur ?

Couvrez-le d'un couvercle hermétique ou d'une moustiquaire, et vérifiez-le chaque semaine d'avril à novembre, comme le demandent les agences régionales de santé : le moustique tigre peut pondre même dans une cuve couverte si une ouverture subsiste.

Faut-il déclarer un récupérateur d'eau de pluie ?

Pas pour arroser le jardin : c'est un usage prévu par le décret du 12 juillet 2024. Les usages à l'intérieur du logement, toilettes ou lavage des sols, demandent un réseau séparé et repéré, et peuvent nécessiter une déclaration.

Sources :
  • Royal Horticultural Society, Collecting, storing and reusing water : rhs.org.uk/garden-jobs/water-collecting-storing-and-using
  • Royal Horticultural Society, Damping off : rhs.org.uk/disease/damping-off
  • Royal Horticultural Society, Garden watering methods : rhs.org.uk/garden-jobs/garden-watering-methods
  • Décret n° 2024-796 du 12 juillet 2024 et arrêté du 12 juillet 2024 relatifs aux utilisations d'eaux impropres à la consommation humaine : legifrance.gouv.fr
  • Landot et associés, Publication des textes réglementaires relatifs aux utilisations d'eaux impropres à la consommation humaine, 15 juillet 2024 : blog.landot-avocats.net
  • ARS Auvergne-Rhône-Alpes, Moustique tigre : comment s'en débarrasser ?, mis à jour le 28 avril 2026 : auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr
  • FAO, Crop evapotranspiration, Irrigation and Drainage Paper n° 56 : fao.org/4/x0490e